EXCLUSIF: Dr Alexis Doré, ancien No 3 de l’UNR de Feu Bâ Mamadou, actuellement Inspecteur Général Adjoint de la Santé Categorie: Politique .Auteur : BAMBA Bakary Gamalo.
« Le Président Dadis a commis une grave erreur en négligeant les véritables stratégies de la conservation et de l’exercice du pouvoir » « J’avais quitté Bâ Mamadou parce que l’UNR était devenue l’otage de certains commerçants » « Nous sommes dans un régime d’exception. Les Magistrats doivent savoir que dans ce cas, il est difficile de parler de séparation de pouvoirs »
Dr Alexis Doré.
Comme on le sait, le Doyen Bâ Mamadou n’est plus de ce monde depuis l’autre semaine. Dr Alexi Doré est sans nul doute l’un de ceux qui l’ont côtoyé, aux premières heures de la lutte pour la démocratisation de notre pays, au sein de l’Union pour la Nouvelle République ( UNR). Nous l’avons approché pour en savoir davantage sur ce qui les liait et comment finalement, il est parti de cette formation avec fracas, en 1996. Naturellement, lui poser des questions sur l’actualité, puisque depuis le 23 décembre dernier, la Guinée est désormais dirigée par une junte conduite par Capitaine Dadis Camara…
Exclusif !
LE BAOBAB: Bonjour Dr Alexis Doré ! Nous vous savons ancien proche collaborateur du Doyen Bâ Mamadou qui vient de nous quitter. Que retenez-vous de l’homme ? .
Dr Alexis Doré : Je vous remercie. Avant de vous dire ce que je retiens de mon ami, de mon frère, de mon leader Bâ Mamadou, je voudrais d’abord que nous puissions ensemble observer une minute de silence en sa mémoire. Pour moi, c’est une perte cruelle que je ressens. Ce que je retiens d’abord de cette perte, c’est que c’est un vide dans la vie politique de la Guinée. Personnellement, en ce qui me concerne, lui et moi, je retiens beaucoup de choses de lui. Je retiens des qualités exceptionnelles.
Lesquelles ? .
C’était d’abord un homme véridique. Un homme sans peur, un homme qui voulait réellement du bonheur de ce peuple de Guinée. Il était sans peur, je peux vous donner des exemples : Quand il a fait son siège dans ce que j’avais appelé ‘’triangle des risques’’, parce qu’il était entre le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, l’Etat Major de la Gendarmerie et la Présidence, ce jour il m’a dit que ça peut être vrai, mais que cela reste à notre niveau, les militants ne doivent pas savoir qu’il y a des risques ici. Un homme honnête, parce que tout ce qu’il ressentait au cœur, il le disait avec un franc parler. Un homme aussi bagarreur pour la démocratie. C’est ce que je peux retenir de lui. Je pense que ces qualités lui ont valu vraiment l’adhésion à l’idéal qu’il était en train de défendre, parce que il semblait ainsi un leader qu’il fallait suivre.
Certes, il avait des défauts ! Mais puisqu’il n’est plus de ce monde, on dirait que ça n’a plus de sens. Seulement, pouvez-vous rappeler brièvement ce qui vous a opposé au point de rendre le tablier ? .
Comme vous venez de le dire, je peux le rappeler. Mais puisqu’il est mort, je ne vais pas tellement m’appesantir sur beaucoup d’aspects. Seulement, je dois savoir que beaucoup de gens avaient connu le motif de ma démission. C’était tout simplement parce qu’à un moment donné, le parti que lui et moi avons animé les temps durant, les temps difficiles, était devenu l’otage d’une certaine ethnie. C'est-à-dire son ethnie. J’avais compris enfin que beaucoup de choses ne dépendaient pas de lui. C’est pourquoi il n’est pas là aujourd’hui, je lui dois ses excuses, parce que ce sont ceux-là qui nous venaient au secours avec l’argent qui finalement dictaient leur loi. Donc, il était obligé de marcher selon les indications de ces hommes, de ces commerçants. Nous avons vu que tous les cadres compétents du parti, tous ceux-là qui travaillaient pour le parti dans son organisation, son fonctionnement, étaient presque mis de côté. Et entre eux, c’était devenu un syndicat de commerçants. Ce n’était plus le problème de véritables militants, parce que chacun d’eux voulait récupérer l’argent qu’il avait déjà versé. Pour preuve, quand on devait aller aux législatives de 1998, on nous a fait savoir qu’il fallait payer les places. C’est ainsi que de la première à la 5ème place, on disait qu’il fallait verser 15 millions. De la 6ème à la 9ème ou 1Oème, il fallait verser 12 millions. De la 1Oème à la 15ème, 8 à 5 millions.
Si je comprends, ça ne vous a pas permis de vous présenter ? .
On ne pouvait pas être sur la liste, parce que je suis fonctionnaire. Je ne vis que de mon salaire. Ce que j’ai donné au parti, c’était ma compétence, c’était ma matière grise qui était ma contribution. Les autres sont venus avec de l’argent. Si maintenant aux législatives on avait dit ceux qui ont des diplômes universitaires ou post-universitaires sont classés les premiers, je serais partie du lot. Mais on a dit ceux qui ont de l’argent.
Ce qui a valu votre démission. On dirait qu’avant d’aller à Kankan, vous vous êtes concertés au niveau du parti ? .
Avant d’aller à Kankan comme Directeur de cabinet du Gouverneur, j’ai été convoqué par le pouvoir en place. Je n’ai jamais demandé à être nommé Directeur de Cabinet. Et lorsqu’on m’a proposé le poste, Son Excellence René Gomez est encore vivant, je leur ai dit de me laisser réfléchir. C’était pour aller prendre contact avec mon leader. Je lui ai posé le problème. Il m’a dit que d’abord, tu dois savoir que tu es fonctionnaire. Et que si l’Etat a besoin de toi pour le servir où que ce soit, tu dois aller. C’est d’un. Deuxièmement, notre lutte est qu’il y ait la démocratie. Si on sait qu’un opposant peut être dans le gouvernement, c’est ce que nous cherchons. Donc, il ne faut pas refuser, mais il faut qu’on pose les conditions, qu’on leur fasse savoir que tu ne démissionneras pas de ton parti, tu continueras à l’animer. Effectivement, je suis reparti, j’ai vu Son Excellence Gomez, je lui ai dit que je ne serais jamais du PUP. Je vais continuer à animer mon parti. Il m’a dit qu’on ne vous a pas pris pour un problème politique, on vous a pris pour votre compétence, donc vous restez dans votre parti. C’est ainsi que je suis parti à Kankan.
Maintenant, comment entre temps vous avez adressé une lettre à Bâ Mamadou, quel était son contenu ? .
Je lui ai adressé la lettre confidentiellement. C’était pour qu’il puisse réagir. J’ai compris que le fait qu’il retarde, il ne veut pas considérer que ce que je lui ai dit est effectif.
Qu’est-ce que vous lui avez dit ? .
En fait, c’est une interview que j’ai lue qui m’a choqué. Il l’avait accordée au journal L’indépendant. Ce journal lui a demandé comment se fait-il que presque tous ses députés soient des Peulhs et des Peulhs de Pita ? Il a répondu que lui son parti, c’est pour ceux qui votent pour lui. Donc il n’est pas fou d’amener à l’Assemblée des gens dont les parents ne votent pas pour lui.
Vous vous êtes senti directement concerné ? .
Je me suis senti concerné. C’est ainsi que je lui ai adressé une lettre. Je lui ai dit que moi j’avais cru qu’un parti a pour objectif, la conquête du pouvoir et son organisation. Mais ce n’est pas le cadrage des ethnies et des familles. Si le parti a des militants que ce soit au Nord ou au Sud, c’est parce que ce parti a fait des efforts. Mais maintenant qu’on dise que c’est parce que ceux de Pita ont bien voté, ce sont eux qui doivent aller à l’Assemblée, qu’est-ce que nous allons dire aux nôtres pour leur dire qu’ils doivent venir avec nous ? J’ai dit qu’à partir de ce moment, le parti a pris un tournant pour lequel je ne peux pas négocier.
Il y a eu une large diffusion de votre lettre comme si quelque part le pouvoir était derrière cette affaire ? .
Non ! Le pouvoir n’a jamais été derrière l’affaire ? Le pouvoir ne pouvait pas m’influencer. J’ai écrit à Monsieur Bâ Mamadou. J’ai attendu une réaction. Sa réaction ne venant pas, j’ai publié que j’ai écrit à Bâ Mamadou pour lui dire que je ne suis pas content de ce qu’il a fait et cette façon de faire ne me permet pas de continuer le chemin avec lui. C’était tout. Si le pouvoir pouvait m’influencer, je ne serais pas parti à Kankan. Je serais resté ici pour un poste beaucoup plus haut que celui de Kankan, parce qu’ils savent combien de fois on m’a proposé d’occuper tel poste à condition que je sois du PUP. J’ai toujours refusé. Donc, le pouvoir ne pouvait pas m’influencer étant donné qu’à Kankan, j’ai organisé des meetings de l’opposition au compte du FLUG et j’ai interdit aux gens de venir me parler des problèmes du PUP dans mon bureau et je suis parti à des manifestations du PUP pour accompagner mon Gouverneur qui était tout venu nouvellement. Lorsqu’on nous a distribué des mouchoirs d’honneur du PUP, je leur ai dit que je ne porte pas les choses là, parce que je ne suis pas du parti. C’est l’Administration que je viens respecter, en restant avec mon Gouverneur pour être ici.
Depuis que vous avez quitté l’UNR, vous n’avez plus adhéré à un autre parti. Ou tout au moins, comptez-vous créer le vôtre ? .
Vous voyez, j’ai quitté l’UNR au moment où le parti était entrain pratiquement de se décomposer pour vraiment consolider la position que je condamnais à savoir, créer un vaste parti qu’on appellerait l’UPR qui serait la fusion des partis d’une certaine obédience. Ensuite, ma déception a été tellement grande que quand j’ai quitté, je suis resté tranquille. Jusque-là, j’ai vu que sur la scène politique, il y a trop des problèmes de luttes d’intérêts, mais pas pour des objectifs qui s’attachent à l’idéal du peuple. Je suis resté tranquille. Nous sommes là aujourd’hui. Il n’y a pas de partis d’opposition, opposition à qui en fait ? Les partis qui sont créés sont là. D’autres sont venus s’ajouter. Mais on doit savoir que puisque nous allons vers les législatives, la présidentielle… toutes ces élections me concernent parce que je suis un politicien de ce pays. Je suis connu tel. Je n’ai pas créé de parti politique pour le moment. Je cause avec certains leaders et je me dis toujours que je suis en train d’observer, de réfléchir parce que je ne veux plus faire le saut dans l’inconnu. Mon vœu aurait été que je puisse avoir mon parti. Mais on ne crée pas le parti pour le créer comme beaucoup sont en train de le faire, avoir un logo dans le sac. Monter et descendre. Je suis un politicien. La manifestation du parti doit être sur le terrain. Doit être dans les débats, dans tout ce qu’on fait pour le changement dans le pays. Mais quelqu’un n’a pas de siège, n’a pas de militant… Je veux éviter une telle honte parce que le parti a des exigences matérielles, financières et sociales. Si aujourd’hui quelqu’un me disait : crée ton parti, je suis prêt à te soutenir, je le crée. Mais je n’aime pas le faire par activisme, par enthousiasme ou manipulation.
Ok ! Dr Doré, jusqu’à maintenant vous êtes observateur. Nous savons que depuis le 23 décembre 2008, de jeunes officiers ont pris le pouvoir suite à la mort du Général Lansana Conté. Ils entendent faire un changement. Donc, on est dans une transition. Comment vous la voyez ? .
Le fait que je reste vivant et que je vois ce régime partir en déconfiture, je crois pour moi que c’est une des victoires de ma vie. C’est tout simplement pour dire que cette transition, je l’accueille à cœur ouvert. Et mes souhaits seraient que ceux qui doivent la gérer puissent la faire avec une certaine lucidité, avec une certaine prudence, avec une certaine décision d’aller effectivement au changement, à l’éradication complète de la maladie Conté. Cette maladie que j’appelle le régime Conté. Qu’on puisse guérir le Guinéen de toutes ses plaies. Donc, présentement, je pense que la transition est en train de se passer bien, parce que ces jeunes sont en train de donner au peuple toute sa dignité. Ils sont en train de nous donner des espoirs. Pour cela, je pense que chaque Guinéen peut faire un peu. Il ne faut pas que les Guinéens pensent que travailler pour la transition, il faut tout de suite avoir une place. Et ce sont ces opportunistes qui risquent encore de gangrener le pouvoir de cette jeunesse. C’est pourquoi, je les appelle à la prudence. J’ai vu beaucoup de ces opportunistes, ceux-là qui étaient hier encore dans les couloirs de la Présidence Conté, ce sont encore ces mêmes gens qui sont en train de faire allégeance au Président Dadis et à ses compagnons. Il faut qu’ils soient prudents pour ne pas se faire piéger dans l’enthousiasme. Maintenant, en ce qui concerne la dynamique de cette transition, ils sont en train de poser des actes et de grands actes : La lutte contre la drogue, contre tout détournement de denier public, contre la prostitution… Ce sont de grands actes qui lorsqu’ils sont posés et exécutés correctement, redonneront à la Guinée sa dignité, parce qu’il est arrivé un moment où on avait honte de se dire Guinéen où que ce soit. Même nos passeports, c’étaient des feuilles de choux, parce qu’on les vendait.
Si aujourd’hui toutes les situations sont serrées, les gens pleurent ainsi de suite, je voudrais simplement dire aux Guinéens qu’on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs. Quand on a dit changement, le changement a ses exigences. Il faut accepter la souffrance pour changer. C’est la légèreté ou le laxisme qui faisait que la Guinée était au bas de l’échelle mondiale. Par rapport aux casses, je dis que Capitaine Dadis est en train de récupérer les domaines de l’Etat pour dire aux gens que si hier c’était la pagaille, la recréation est terminée. On va jusqu’à dire qu’au lieu de casser on aurait fait ceci ou cela. Non ! Il faut casser partout où il faut. Ce qui appartient à l’Etat, il faut prendre parce qu’au moment où les gens prenaient, même si on arrivait à leur dire de faire attention, ils auraient dit non ! Il n’ y aurait pas cet Etat. Il faut leur prouver que le contraire est possible. Tout ce qui appartient à l’Etat, même si quelqu’un a mis son building, il faut casser. Nous n’avons pas besoin d’un nouveau contentieux.
Des gens ont sérieusement investi. Si on casse, c’est une perte. L’Etat peut négocier et utiliser ces bâtiments à d’autres fins ? .
Une perte pour qui ? Pour celui-là qui n’a pas respecté l’Etat ? L’Etat n’y a rien investi. Il ne perd rien. Aujourd’hui, c’est ce gouvernement. Demain, il peut avoir un autre gouvernement qui dise que la maison de tel ou tel a été saisie. Alors qu’il s’agit toujours du terrain. Il faut éviter le contentieux dans 20 ans. Il faut éviter le contentieux du contentieux.
Vous avez dit tout à l’heure que ceux qui entourent le Président Dadis sont pour la plupart ceux qui ont certainement induit Conté en erreur ! Donc, il y a le risque que ces mêmes hommes fassent échouer Dadis ? .
Vous savez, Dadis a commis une grave erreur. Le pouvoir, ce n’est pas une petite chose. Il y a trois phases du pouvoir : Sa conquête, sa conservation et son exercice. Mais dès que Dadis est passé à la première phase, il n’a pas mis de véritables stratégies pour les deux autres phases. A savoir, sa conservation et son exercice. Lorsqu’il a pris le pouvoir par un coup d’Etat qui était d’ailleurs attendu, qui était salué, c’est la conquête du pouvoir et que le peuple lui a concédée en disant qu’on est d’accord parce qu’on en avait assez.
Maintenant, pour sa conservation il fallait créer des stratégies. Ceux-là qui étaient au pouvoir et qui ont de l’argent, qui ont eu à vendre des maisons par là, qui ont eu à détourner, qui ont des comptes à l’extérieur, on les appelle tout simplement pour leur dire que c’est vrai que vous avez mangé tel argent. Vous allez payer. Et on les laisse en liberté. Si c’est moi Alexis, je ne reste pas tranquille. Il faut que je fasse tout pour ne pas que l’échéance arrive. Par rapport à ça, je pense que c’est sa gentillesse, c’est un sens de pitié, de rassemblement des gens. Mais ces gens-là n’ont pas eu pitié de ce peuple. Tant que ceux-là qui ne sont pas contents de perdre le pouvoir sont en liberté, ils organiseront leurs hommes pour créer le tumulte.
Nous parlons de la transition, ce qui pose problème présentement c’est sa durée .
En ce qui concerne la durée de la transition, comme je vous ai dit plus haut, dans la stratégie de la conservation, le président a commis beaucoup d’erreurs. La levée immédiate du droit des partis, de l’exercice de ceci ou de cela. Tout ça est bon, mais il faut savoir ce que ça peut rapporter. Si nous devons aller immédiatement aux élections, ce sont les grands axes qui ont été posés qui ne peuvent pas aboutir dans 6 mois, dans 8 mois. Tu ne peux pas lever le lièvre et être incapable de l’abattre. Ceux qui sont menacés sont pressés que la transition prenne vite fin. Cette transition pour Décembre 2OO9, est d’une véritable illusion. En le disant, je dis bien que je n’aime pas les gouvernements militaires. Mais, je ne peux pas parler d’un militaire quand un militaire pose un acte positif. Aujourd’hui, Dadis pose des actes positifs qu’il faut reconnaître et qu’il faut accompagner. Il faut qu’on termine avec les audits et autres. Ceux qui se réclament aujourd’hui leaders et qui veulent être présidents de Guinée, il faut qu’on voie qu’est-ce qu’ils ont fait pendant 9 ans, 1O ans, 6 ans dans le Gouvernement de Conté. Ces mêmes gens ne vont pas prendre l’argent du peuple pour venir chercher encore à diriger ce peuple. Il faut laisser le temps à ce gouvernement de mettre chacun à sa place.
Vous avez dit que Dadis a fait beaucoup de levées d’interdiction. Mais sachez que ce sont les exigences du Groupe de contact et autres bailleurs de fonds .
Les contraintes qui sont liées à ces problèmes de Groupe de contact, de Communautés Internationales, Institutions Internationales, je vais dire même planétaires, tout ça c’est bon parce que la Guinée a eu à signer des conventions. Mais vraiment, sur le plan humain, ces gens-là nous ont vu souffrir ici. Ils ont vu tout ce que les Guinéens ont eu à endurer. Aujourd’hui, ces militaires sont en train de poser de nouveaux jalons pour que les Guinéens ne souffrent pas demain. Pour moi, je peux dire qu’ils devraient essayer de juger les responsables guinéens à la tâche par rapport, eux-mêmes, à leurs préoccupations. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Ils veulent qu’il y ait la paix, qu’il y ait le bonheur, d’un développement économique. Or, le gouvernement est en train de poser des actes dans ce sens là. Faut-il qu’on les presse tout simplement pour des problèmes de principes et qu’on aille encore se jeter dans une situation qui va nous amener demain à leur tendre la main ? Venez ! On nous tue. Venez ! Il n’y a pas de liberté. C’est pourquoi le groupe de contact devrait essayer d’étudier le cas guinéen comme un cas particulier. Il faut qu’on sache qu’il y a des coups d’Etat inutiles. Mais il y en a qui sont salvateurs.
Le ‘’père’’ de Dadis, je veux parler du Président Wade, est justement en train de convaincre les uns et les autres qu’il faut soutenir cette junte ? .
Vous faites bien de soulever cette question et surtout de mettre entre griffes le mot père. C’est l’occasion pour moi de dire que Dadis doit changer certains comportements. Généralement, le jeu prédomine dans tous ses discours. Je n’aime pas le jeu. C’est d’un. De deux, il doit savoir qu’il est aujourd’hui le père de la nation guinéenne. Sans complexe. Il est jeune, mais son poste fait de lui le père de tous les Guinéens. Il est donc le plus âgé aujourd’hui. Pour nous, il n’a pas un autre père. Il n’a que des homologues présidents. WADE est un président comme lui, celle du Liberia est présidente comme lui. Ça m’énerve quand j’entends dire WADE mon père. Il peut le dire entre eux dans les salons. Mais publiquement, où il doit parler au nom de la Guinée, non ! Il n’a pas de papa, maman. Et aussi de cesser de faire référence à sa nature, sa naissance, sa famille, sa façon d’être… Ce n’est plus important dès lors qu’on est Président de la république.
Les magistrats de Guinée et autres auxiliaires de la Justice ne sont pas contents du Secrétariat d’Etat chargé des conflits ? .
C’est l’expression d’un complexe. Les magistrats s’agitent aujourd’hui, parce qu’on leur a donné l’occasion. Quand il y avait la dictature, quel est le magistrat qui avait levé le doigt ? On est allé faire sortir des détenus des prisons. On a assisté à tout ça. Il y a des citoyens qui étaient là qui souffraient. Je ne dirais pas que tous les magistrats sont corrompus. Pas du tout. Il y a des gens compétents, intègres. Mais le régime de Conté avait fait de tout le monde des gens corrompus. Personne n’avait maintenant confiance en la justice guinéenne. Ils le savent, partout où il fallait avoir raison, il fallait de l’argent. Quand le CNDD est venu dans le but d’établir la confiance du peuple avec son armée, il a essayé de faire en sorte que tout ce qui était jugé sur la base de l’argent soit réexaminé. Leur grève peut laisser entendre que c’est parce que le robinet est fermé qu’ils se lèvent, mais ce n’est pas par rapport aux résultats des problèmes devant le Secrétariat d’Etat chargé des conflits. Je crois qu’au lieu d’aller en grève, il devrait tout faire pour négocier.
Comment ? .
Ils viennent. Ils sont quelque chose de très important dans la démocratie.
A propos de démocratie, ils disent que le principe de séparation de pouvoirs n’est pas respecté .
Qu’ils attendent qu’on finisse les élections. Nous sommes dans un régime d’exception. Il faut qu’ils le sachent. Quand les pouvoirs législatif, judiciaire, exécutif seront là, établis par le peuple, on les sépare. Mais les militaires ont pris un pouvoir d’exception. Dès que le pouvoir démocratique sera établi, on va parler de la séparation des différents pouvoirs. Il ne faut pas qu’on confonde les choses. A l’heure-là, ces militaires utilisent leur technicité. Si c’est honnêtement fait, il y a des problèmes où on trouve par exemple un blocage, ils se réfèrent à un magistrat pour telle ou telle situation pour qu’il donne son avis. Tous les problèmes qui passent devant le comité de conflits sont les problèmes où personne n’a été d’accord pour la solution qui a été portée et lorsque la chose est vue clairement, le comité voit tout de suite que le jugement a été fait. Mais c’était un jugement vraiment partial. Je me répète. Je n’aime pas le gouvernement militaire parce que les risques de dictature sont très grands. Mais cette fois-ci, on est dans une phase transitoire, donc exceptionnelle. On ne peut pas dicter la composition du gouvernement au président qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat. Il pouvait mettre 2 ministres ou trois ministres et dire qu’il est président. C’est comme cela qu’il va gérer la transition. Maintenant qu’on vienne lui dire qu’il faut supprimer tel Secrétariat d’Etat, c’est de la pure moquerie.
Concluons cet entretien par le discours du président Américain OBAMA en Egypte, lorsqu’il a dit que les USA ne doivent plus dicter des leçons de démocratie au monde ? .
Evidemment, la démocratie ne se dicte pas. Au moins, c’est clair que la démocratie ne se dicte pas. Elle doit sortir des terroirs de la culture d’un peuple. Il faut que nous sachions quels sont les éléments originels, culturels que nous ne pouvons pas faire disparaître que nous devons ajouter à l’universalité. La démocratie est un mot, une conception générique. Mais chacun doit faire son apport. Par rapport à la transition en cours en Guinée, nous connaissons nos conditions. C’est pourquoi, on a applaudi le coup d’Etat. Le coup d’Etat dans une démocratie est à condamner ! Mais si tu vois le peuple qui applaudi un coup d’Etat, c’est que c’est un élément qui va lui permettre de conforter sa démocratie. C’est pourquoi, j’ai dit que le cas guinéen est particulier. Il faut le juger particulièrement.
Interview réalisée par BAMBA Bakary Gamalo
Source: Le Baobab partenaire de radio-kankan