Deuxieme lettre ouverte de Lansana Bea Diallo à tous les Guinéens Non, nous ne choisirons pas entre deux maux

Le 24 décembre de l’année passée, quand le capitaine Daddis Camara a pris le pouvoir, il nous à tous fait rêver, au point que nous n’y avons pas vu un coup d’Etat, mais bien la prise de contrôle sécuritaire d’un homme plein d’idéal. Il nous a fait croire que sa volonté n’était en aucun cas de briguer la Présidence, mais bien d’assurer dans la sérénité la transition entre une dictature corrompue et une vraie démocratie. Il prenait, comme exemple, le Président du Mali, Amadou Toumani Touré qui, lors du coup d’Etat libérateur de mars 1991, avait promis de réinstaller la démocratie, sans postuler aux élections.

Ce grand homme, auquel l’histoire a donné à tout jamais le surnom de soldat de la démocratie, a tenu parole et, à peine plus d’un an après sa prise de pouvoir, le redonnait solennellement au Président élu, Alfa Oumar Konare, pour se consacrer à la création de sa fondation pour l’enfance et assumer de lourdes missions de pacification dans le cadre des Nations Unies.

Mais, contrairement à son exemple, chaque jour, nous avons vu l’homme Daddis changer. Lui qui reprochait fort justement le mauvais entourage de l’ancienne présidence, s’est entouré de personnages encore plus douteux, voire plus malhonnêtes. Sous cette mauvaise influence, Daddis l’idéaliste auquel nous avions cru est devenu un autre homme.

Alors que, sans doute de bonne foi, il espérait combattre les gangsters et la corruption, il a laissé des jeunes voyous criminels oppresser la population et créer un climat d’angoisse et de terreur. Rackets, viols, enlèvements, vols, tous organisés sous le couvert de l’uniforme de son armée, sont devenus choses courantes. Quand à ses discours idéalistes, ils se sont transformés en une phraséologie agressive et démagogue, bien éloignée de celle du grand sage malien dont il se présentait comme l’héritier.

Dans cette logique réductrice, vint de plus la rumeur que contrairement à ses promesses, il souhaiterait être candidat à sa propre succession. Puis, vint le 28 septembre et ce grand crime contre l’humanité que ses propres hommes ont commis sous sa responsabilité présidentielle.

Qu’il le veuille ou non, tout aussi provocateur que fut ce rassemblement dans le stade, Daddis doit comprendre que ces actes sont irréparables et que, par définition, le chef suprême d’une armée est entièrement responsable des actes de ses soldats. Qu’il sache clairement, que, contrairement à ce que les gens de son entourage tentent encore de lui faire croire, pour protéger leurs acquis, le peuple de Guinée qu’il a tant fait espérer ne veut plus de lui. Je prie pour qu’il renonce dignement à ses fonctions, et qu’il sorte par la grande porte en confessant ses erreurs et en demandant pardon à Dieu, aux familles des martyrs et au peuple.

Certains ont cru, à la lecture de ma première lettre ouverte, que je m’opposais au mouvement des Forces Vives. Il n’en est rien et, bien au contraire, j’admire ce mouvement d’unité nationale contre la dictature. Je les appuie de toute mon âme pour qu’ils réussissent, aux travers des négociations actuelles à relancer le processus de la démocratie. Mais ce qui me désole et que je ne peux en aucun cas accepter, c’est le risque de voir ce mouvement né des forces populaires, se laisser récupérer par des politiciens, ceux-là mêmes qui nous ont conduits à la ruine et qui, déjà, ont exclus de nouveaux partis de jeunes. Le mouvement des Forces Vives doit rester un mouvement noble réunissant tous les Guinéens de toutes ethnies et de toutes sensibilités pour installer une vraie démocratie.

Les vraies Forces Vives ne peuvent accepter de se laisser gangréner par un appareil politicien qui déjà exclut ceux qui prônent le vrai changement.

En créant le Mouvement pour la Guinée Nouvelle, ma seule ambition est de réunir tous les Guinéens de qualité et de bonne volonté pour que ce moment, dramatiquement historique, mette un terme définitif au règne du sordide.

Vous qui voulez une Guinée Nouvelle et prospère, ne tombez pas dans le piège qui vous est tendu. Le vrai débat de la Guinée n’est pas de choisir entre deux maux, entre dictature d’une part et incompétence ou corruption d’autre part. Le moment que nous vivons est historique: nous avons tous le devoir de redresser la tête et de nous unir pour enfin donner au pays la beauté, la moralité et la richesse qu’il mérite.

Il est temps que la nouvelle génération de chaque parti prenne ses responsabilités. Le futur de la Guinée passe par d’autres mains que celles qui ont détruit l’économie nationale et désespéré la vie de plus de trois générations de Guinéens…

Si je prie pour que les négociations réussissent à éliminer la dictature, c’est pour qu’une nouvelle génération propre et enthousiaste prenne en mains les rennes du pays et se batte pour sa prospérité en réfutant à tout jamais les clivages politiciens et ethniques. Certes nous devons nous unir contre le dictateur et le parti glauque qui prétend le défendre, mais notre union doit aussi nous permettre de changer le pays dans une dynamique nouvelle s’appuyant sur celle de la jeunesse.

A tous ceux qui, par le passé, ont porté la lourde responsabilité du pouvoir, je demanderai simplement un bilan: qu’ont-ils faits de l’incroyable richesse de notre Guinée ? Où sont les hôpitaux, les maternités, les écoles, les routes, les usines et tous les projets que la richesse naturelle du pays aurait du permettre de réaliser? Comment, avec un tel potentiel, plus de quatre-vingt pourcents de nos jeunes se morfondent sans travail ni joie de vivre ? Comme Daddis doit accepter de se retirer dans la plus grande sérénité, eux aussi devront dignement laisser leur place à ceux qui veulent une Guinée nouvelle.

Ensemble, retrouvons la dignité d’un peuple fier et uni en bannissant les forces du passé. Vive la Guinée nouvelle.

Bruxelles, 27 Novembre 2009

Lansana Bea Diallo

Fondateur du Mouvement d’unité nationale pour la Guinée Nouvelle