Interview DU MINISTRE DU PLAN ET DE LA PROMOTON DU SECTEUR PRIVE
« mon ambition est de faire la promotion du secteur privé avant la fin de la transition… ». Dixit, Mamadou Max Bangoura, ministre du Plan et de la Promotion du Secteur Privé
Diplômé en démographie, banquier et analyste financier des Projets, Mamadouba Max Bangoura a fait un véritable parcours du combattant au ministère du Plan, avant d’en être aujourd’hui le chef.
Recruté depuis 1982, il devient en 1984 chef de Section chargé d’études. Par le sérieux qu’il a fait montre dans le travail, il sera nommé en 1987 comme chef de Division de l’Industrie. Déjà en 1993, à la suite d’un test, Max se rendra à Paris pour une formation au Centre d’Etudes Economiques et Financières. C’est à l’issue de cette formation, qu’il se spécialisera en Evaluation des Projets de Développement. En 1994, l’Etat s’étant rendu compte qu’on gaspillait beaucoup dans la réalisation les projets, parce qu’ils prenaient du temps et finissaient avec des surcoûts énormes, le Président de la République, feu Lansana Conté créera, pour un souci d’optimisation des projets, une Cellule appelée Routes et Infrastructures de Transport au niveau de l’Administration et Contrôle des Grands Projets, c’est Mamadou Max qui fut le premier cadre à être directeur de cette nouvelle structure.
Mais comme on le sait, dans le pays de Lansana Conté, les cadres avaient peur du contrôle. Malgré les tentatives d’explication de notre expert financier des projets sur la nécessité de cette nouvelle structure, l’ensemble des départements ministériels a vu cet organe de contrôle comme l’épée de Damoclès suspendue au dessus de leur tête. Pire, ils ont toujours pensé que la création de cette structure avait alourdie le processus de mise en œuvre des projets. Comme Max a été incompris et qu’il était en détachement, il sera nommé à la fin de la même année comme directeur des Grands Projets.
Pour embrasser tous les secteurs du ministère du Plan où il est devenu plébéien, Mamadouba Max, se rendra encore une fois en France pour préparer un diplôme d’Etudes Supérieures en Technique Bancaire à l’Institut Technique des Banques auprès du Conservatoire des Arts et Métiers, en 1996. Cette formation qui a pris fin en 1998, lui permettra de toucher du doigt des secteurs comme la formation des stratégies d’élaboration et de la mise en œuvre des statistiques.
En 2000, il devient directeur du Département des Mines, de l’Energie, de l’Industrie et de l’Environnement. C’est cette position qui lui a donné l’opportunité de voyager plusieurs fois sur les Etats-Unis dans le cadre du Comité des experts de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG). Raison pour laquelle d’ailleurs, nous lui avons trouvé très décontracté le jour de l’interview.
Cet initié des rouages de l’administration guinéenne deviendra en 2003 Secrétaire général au ministère du plan. Et enfin en 2008 à l’occasion d’un stage qu’il a eu en France sur la planification stratégique, il est nommé Secrétaire général du ministère chargé des Guinéens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine. Un véritable challenge. Mais pour être objectif, l’actuel ministre du plan nous a affirmé qu’il était beaucoup plus à l’aise dans son ministère du plan. Même si les opportunités n’étaient pas les mêmes, il préférait être dans le créneau qu’il connait le mieux. Et dieu a fait qu’après la mort du président Conté, pendant qu’on était tous là avec la peur au ventre, il y a eu le changement, le CNDD a eu à prendre le pouvoir. À cette occasion, le Président Dadis a nommé un premier ministre ensuite un gouvernement dans lequel notre invité a hérité le ministère du Plan qui était déjà son domaine de prédilection.
C’est cet administrateur pétri de talents et d’expérience que notre équipe MultiMedia a rencontré pour vous lors de sa dernière visite dans le pays de l’Oncle Sam en marge de la 42e. Session du Conseil Economique et Social des Nations Unies. Sans esquiver de questions, le ministre du Plan a abordé avec nous tous les sujets brulants de l’actualité guinéenne.
Mr. le ministre vous venez de participer à la 42e session du Conseil Economique et Social des Nations Unies. De quoi a-t-il été question au cours de cette rencontre?
Mamadouba Max Bangoura : Je vous remercie pour l’occasion que vous m’offrez me permettant de combler une lacune qui consiste à être présent aux Etats-Unis depuis une semaine et de n’avoir pas à conférer avec mes compatriotes de New York. Je compte sur vous pour relayer l’information auprès d’eux et je m’en excuse beaucoup. Nous sommes là effectivement dans le cadre de la 42e session du Conseil Economique et Social. Cette conférence a coïncidé cette année avec le quinzième anniversaire de la Conférence Internationale sur la population et le Développement. Notre pays a un programme qui porte sur les éléments des différentes activités qui sont dans le plan d’action de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement qui s’est tenue au Caire en 1994. D’où Notre présence ici aux Nations Unies pour faire l’évaluation du niveau d’exécution de ce plan d’action.
Nombreux sont ceux qui ne font pas la différence entre le ministère du plan et celui de l’habitat. Pouvez-vous nous donner les attributions de votre département ? Mamadouba Max Bangoura : effectivement j’en ai fait les frais l’autre jour quand j’ai rencontré un de nos compatriotes, à qui je disais que je travaillais au ministère du Plan, il a rétorqué en me disant que « vous devez certainement avoir un des meilleurs plans de la Guinée ». Je lui ai dit non, il ne s’agit pas du plan des bâtiments, mais plutôt du plan de développement.Le ministère du Plan et de la Promotion du Secteur Privé a pour mission fondamentale de participer à la conception, à l’élaboration, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des politiques du gouvernement en matière de planification de l’économie, des statistiques, d’investissement public et de promotion du secteur privé. Donc il ne s’agit nullement des plans de bâtiments dont certains font allusion, il s’agit plutôt de porter la politique du gouvernement en matière de formulation de stratégie de développement économique et d’élaboration de statistiques économiques et sociales fiables qui sont nécessaires à la formulation de cette politique en matière de programmation des investissements publics et de leur suivi en matière de la promotion du secteur privé. Essentiellement, voilà en gros les attributions du département dont j’ai la charge aujourd’hui.
La junte militaire vient de passer près de cinq mois au pouvoir et toute la presse est unanime que le bilan est positif. Quel a été l’apport de votre département dans ce succès ?
Mamadouba Max Bangoura : Vous savez il en faut un peu de tout pour faire le monde. Les actions qui sont jusqu’ici à l’actif du gouvernement en place, constituent l’apanage de tous les départements. Moi je suis à la tête d’un département dont les produits ne sont pas tout de suite visibles. Mais quand on parle de formulation de politique économique et sociale, vous conviendrez avec moi qu’en fait tout part de là. Actuellement le Président de la République met un accent particulier sur l’un des axes de notre stratégie de développement. Cette stratégie est mise en place par tous les départements économiques. C’est à ce titre par exemple que je pourrai vous parler de l’activité qui nous a amené aux Etats-Unis. Il s’agit de porter à la connaissance du monde les évolutions que nous sommes entrain de mener en matière de population, de santé et d’éducation. Comme je vous l’ai dit, je ne travaille pas dans un département qui va compter le nombre de kilomètres de route ou d’hectares, c’est un peu difficile de quantifier ce que fait mon département. Mais dans le cadre des attributions du ministère du Plan et de la Promotion du Secteur Privé aujourd’hui, en restant strictement par exemple dans le cadre de la promotion du secteur privé, nous sommes entrain actuellement de faire un montage avec l’ensemble des bailleurs de fonds qui sont présents à Conakry afin de faire connaitre l’environnement des affaires en Guinée. Cela entre, naturellement, dans le cadre de la lutte que le Président de la République est entrain de mener qui est consacrée à un des axes de la stratégie. Cet axe consiste à la gouvernance et au renforcement des capacités institutionnelles. Aujourd’hui, toutes les institutions internationales qui nous condamnent sont unanimes que des efforts sont entrain d’être faits dans le domaine par exemple de la lutte contre la corruption et la drogue. Je crois que ces efforts sont à l’actif de tous les départements y compris le mien.
Sur le plan économique comment sont les relations entre la Guinée et le reste du monde, dès lors que toutes les grandes instances, sous régionales, régionales, africaines et internationales semblent être hostiles à la junte militaire ?
Mamadou Max Bangoura : C’est vrai que le pays est condamné. Mais je trouve que le mot hostile est trop fort. Trouvons un autre. Par principe, toute prise de pouvoir par les voies non constitutionnelles est considérée par la Communauté Internationale comme un coup d’Etat. Pour cela nous sommes condamnés par les institutions. Mais qu’à cela ne tienne, même si nous ne pouvons pas paraitre dans ces grandes instances politiques, elles nous accompagnent qu’à même sur le plan technique. Pour preuve, avant que je ne vienne ici aux Etats-Unis, la Guinée avait reçu une mission technique de mise au point du Fonds Monétaire International (FMI), une réunion avec le Groupe de Contact coprésidé par la CEDAO et l’Union Africaine et composé de l’Union Européenne et de toutes les ambassades des grands pays qui sont représentés à Conakry. Aux termes de cette réunion, le communiqué final est arrivé à la conclusion que le Président Moussa Dadis est conforme à sa première déclaration dans laquelle il disait qu’il n’est pas venu pour s’éterniser au pouvoir, mais mettre de l’ordre et s’en aller. Mieux, le Groupe de Contact dira que la Guinée est sur un bon chemin. Ce n’est pas une hostilité en tant que telle. C’est parce qu’on ne peut pas faire la politique de deux poids deux mesures. Donc il fallait condamner. On ne peut pas comparer aujourd’hui la Guinée à la Mauritanie.
Certes, il est vrai que la Guinée est en avance sur la Mauritanie, mais encore faut-il que Capitaine Dadis respecte ses engagements ?
Mamadouba Max Bangoura : il ne faut pas comparer le cas guinéen à celui des mauritaniens. En Mauritanie les militaires ont pris le pouvoir dans les mains d’un Président qui avait été légalement élu, qui était en exercice qui a été arrêté et emprisonné par les militaires. Cependant la junte était obligée de laisser en fonction l’Assemblée, parce qu’elle venait d’être élue et laisser la constitution en vigueur. Or, dans la constitution mauritanienne, la prise du pouvoir par la force est condamnée. Bref, la junte mauritanienne est en contradiction avec les règles du pays. En Guinée ce n’est pas le cas. La nuit du 22 décembre 2008 après la mort du Général Lansana Conté, fut la nuit la plus longue pour les Guinéens, à cause de la peur du lendemain. Car personne ne savait comment on allait se réveiller le 23 décembre. Le mandat de l’Assemblée Nationale qui devrait prendre le pouvoir, étant expiré, le pouvoir n’était dans les mains de personne. Il était tout à fait logique donc que l’armée prenne le pouvoir. Et par la grâce de Dieu, cette armée s’est emparée du pouvoir sans aucune effusion de sang, sans aucun coup de feu et encore moins déranger les Guinéens dans leurs activités. En un mot, les militaires ont répondu à l’attente de tous les Guinéens. C’est pourquoi d’ailleurs les politiciens ont été les premiers à manifester leur adhésion au pouvoir militaire. Il ya une chose importante qui s’est passée quand la junte a pris le pouvoir. Les militaires ont convoqué tous les membres du dernier gouvernement du feu Général Lansana Conté au camp Alpha Yaya. Ce jour, tous les parents des membres de ce gouvernement avaient peur parce qu’ils croyaient que les militaires allaient les maltraités. Parce qu’on pense que militaire est synonyme de barbarie. Mais tout le monde a vu à la télévision comment le régime là a été traité. Les militaires les ont remerciés pour tout ce qu’ils ont fait pour le pays et leur ont demandé de rentrer tranquillement chez eux. Mais comme la junte est venue pour une mission, tout ancien ministre qui allait être maintenant en porte-à-faux avec la loi allait être interpellé. C’est ce qui s’est passé par la suite.
Etant donné l’hostilité des instances internationales à la junte et du fait que tous les indicateurs de notre économie sont actuellement au rouge, quels sont les arguments des nouvelles autorités guinéennes pour convaincre les institutions internationales à , en plus de l’aide technique, apporter l’aide financière à la Guinée dans la perspective des élections qui sont prévues en fin d’année ?
Mamadouba Max Bangoura : Encore une fois je fais un petit rectificatif. J’ai dit que le mot hostile était trop fort. Dans le cadre par exemple de la coopération bilatérale nous n’avons pas rompu avec ces institutions. Par exemple, l’Agence Française de Développement (AFD) continue à apporter son aide à la Guinée dans le cadre des projets. D’ailleurs l’un des projets phares de cette agence de développement a été concédé à notre gouvernement. Je veux parler du projet de l’autoroute deux fois deux voies, Conakry –Gbessia. Dans ce projet, les lots après le premier lot ont été réalisés et finis. Le premier lot qui était financé par la BAD et l’AFD était bloqué jusqu’au moment où les militaires prenaient le pouvoir. C’est avec le Secrétaire d’Etat chargé des Travaux Publics de notre gouvernement que ce problème a été résolu à Paris. Les pays arabes aussi continuent à financer les projets. Même les institutions sous régionales, régionales et internationales ne condamnent la Guinée que sur le plan politique. C’est vrai que la Guinée ne peut pas aujourd’hui venir se mettre autour d’une table de conférence de chefs d’Etat ou des ministres, mais elle n’est pas rejetée cependant, des réunions techniques. Donc je voudrais que l’on revoie le terme hostile. Ce n’est pas l’hostilité. En d’autres termes, la Guinée continue à réaliser certaines activités qu’elle a entreprises avec certains bailleurs de fonds. L’Aide Publique au Développement ne se raréfie pas spécifiquement à la Guinée, elle se raréfie d’une façon drastique à tous les niveaux. Mais les accords qui ont été engagés avant la prise du pouvoir par les militaires sont entrain d’être exécutés.
Toujours dans le même cadre, le Sous Secrétaire d’Etat américain aux Affaires Africaines, Phillip Carter, a déclaré récemment que l’aide américaine ne dépasserait jamais l’humanitaire tant que les élections libres et transparentes ne seront pas organisées en Guinée. Qu’en pensez-vous ?
Mamadouba Max Bangoura : Cela n’engage que Mr. Phillip Carter. Si ma source d’information est correcte il a même été remplacé. Comme les autres pays, les Etats-Unis condamnent de façon formelle la prise du pouvoir par la voie non constitutionnelle. Je ne sais pas si ce que Philip Carter dit constitue l’opinion du gouvernement américain. Puisqu’à la prise du pouvoir par le CNDD, les Etats-Unis ont formellement interdit à leur mission diplomatique de prendre contact avec les officiels guinéens. Mais la première fois qu’on a montré les narcotrafiquants sur les plateaux de la télévision guinéenne le lendemain l’Ambassadeur des Etats-Unis n’a plus continué à camper sur sa position. L’atmosphère s’est détendue, et le dialogue a été relancé. La preuve, c’est le consulat américain qui m’a accordé le visa pour venir assister à cette conférence. Si la thèse de Phillip Carter était l’opinion du gouvernement américain je ne serais pas ici. Comme je l’ai dit, ce que l’ex sous secrétaire d’Etat américain a dit n’engage que lui. De toute façon, le Président Dadis et son équipe sont entrain de prouver au monde qu’ils sont conformes avec ce qui a été dit au départ. Le CNDD n’est pas venu pour rester au pouvoir, mais mettre de l’ordre et partir.
Le Président Moussa Dadis Camara aime dire que ses prédécesseurs Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté ont été trompés par leur entourage respectif. Vous, entant que ministre, que faites-vous pour ne pas qu’on dise la même chose sur vous demain ?
Mamadouba Max Bangoura : C’est une question qui doit préoccuper tout homme qui se trouve aux affaires. Nous étions tous à l’attente de ce qui se passe actuellement en Guinée. Depuis 1982 je suis au ministère du Plan. Et depuis 2003 j’étais Secrétaire Général, donc proche des autorités qui décidaient. Mais il faut le reconnaitre tout le monde attendait ce qui se passe maintenant, parce que nous étions dans un pays où l’impunité a atteint son paroxysme. Dans ma position de directeur avant que je ne revienne au ministère du Plan comme Secrétaire Général, parce que j’ai été détaché un moment pour être dans l’administration du contrôle des grands projets, je participais aux travaux de certaines instances de la CBG. Un moment, nous avons reproché à la CBG de ne pas promouvoir la culture des sanctions positives ou négatives. Parce que tout simplement au moment où on parlait de ça, il y avait beaucoup de choses qui se passaient mais qui restaient impunies. Un monsieur nous a regardés pour nous demander ce qu’on appelle impunité en Guinée. Il nous dit qu’un jour un de leurs ouvriers, en état d’ivresse, a fait tomber une machine qui coûtait près de 2 millions dollars, il a été limogé et emprisonné. Le lendemain des coups de téléphone en provenance de Conakry instruisaient non seulement de le sortir de la prison, mais de le réhabiliter. L’autre jour, le Premier ministre Kabiné Komara a dit un adage à la télévision, que « quand on a tranché l’oreille cela vaut un avertissement pour le cou ». Chacun de nous sait aujourd’hui ce à quoi il s’expose s’il s’écarte de l’orthodoxie. Tout le temps que nous étions dans des positions intermédiaires nous étions les demandeurs de sanctions dans ce pays. En principe nous devrons avoir peur de ce que nous sommes entrain de voir aujourd’hui sur nos petits écrans. Même si tous ceux qui passent devant le Président ne sont pas tous coupables, mais cela devrait nous servir de leçon. Pour être au pouvoir, nous sommes prêts à répondre un jour. Car on nous demandera un jour, comment nous avons fait pendant que nous étions aux affaires. Je souhaite qu’après ce jour qu’on puisse se rencontrer et en parler. En tous les cas, tous ceux qui sont au pouvoir savent que la chose publique ne peut plus être appropriée par quelqu’un, fut-il un ministre.
En tant que ministre du plan et de la Promotion du Secteur Privé, pouvez-vous nous donner un seul domaine dans lequel vous souhaiteriez marquer des points avant la fin de la période de transition ?
Mamadouba Max Bangoura : Une bonne question. Depuis le jour de ma nomination c’est l’unique question qui m’a préoccupé. Toutes les missions traditionnelles du plan, à savoir la formulation des politiques, l’élaboration des statistiques, suivi des projets d’investissement, sont les éternelles routines du ministère. Mais après ma nomination comme ministre, ma préoccupation est de savoir ce que je peux faire dans le cadre de ce gouvernement pour changer la donne au niveau du secteur privé. Vous êtes installés aux Etats-Unis, amusez-vous à consulter le rapport de la Banque Mondiale qu’on appelle « Doing Business », vous ne serez pas fiers d’être Guinéens. Dans le dernier rapport publié en 2009, vous trouverez que sur 181 économies évaluées, notre pays est classé 171e. Avant de partir de ce département, mon souci, c’est de pouvoir tirer notre pays vers le haut de ce rapport. Même si je ne gagnais que quelques rangs, j’aurai contribué à quelque chose. Pour cela il faut faire des reformes. Mais pour faire des reformes, il faut savoir où se trouve le problème. Or, les acteurs du secteur privé ne savent même pas que notre pays est 171e sur 181 pays dans ce rapport de la Banque Mondiale. Ceux qui le savent ne connaissent pas les critères qui ont été évalués pour être à ce classement. C’est pourquoi, le Premier ministre et le Président de la République m’ont instruit de mettre tout en œuvre pour organiser au cours de ce mois un grand forum avec l’ensemble du secteur privé, pour qu’ensemble nous puissions revoir les différents indices qui ont été évalués par la Banque Mondiale. Le Guinéen doit désormais savoir qu’en termes de création d’emploi, il y a un certain nombre de procédures dans un certain nombre de départements. Dans cette perspective, j’ai dû commencer par le départ. Ce secteur aujourd’hui manque de politique et de vision. Même si je n’arrive pas à faire tout parce que nous n’avons qu’un an, mais si j’arrive à mettre en place la politique de promotion du secteur privé, j’aurai contribué à quelque chose. Déjà, je suis heureux de vous dire que le PNUD nous a rassurés que l’élaboration de la politique de promotion du Secteur Privé est dans le plan d’action de 2009. A l’heure où je vous parle, mes collègues sont entrain de formaliser et de voir comment mettre ça en œuvre. En plus de ça, je veux faire la réunion avec le Secteur Privé pour que l’on fasse ensemble le diagnostic et poser le remède qu’il faut. Parce qu’il n’y a pas à tourner rond, il s’agit de faire tout simplement des reformes. Aussi, l’Etat ne doit plus décider seul de faire des reformes dans tels ou tels domaines. C’est le Secteur Privé qui doit désormais nous indiquer les domaines dans lesquels nous devons faire des reformes. C’est mon ambition. Je souhaite que tous les Guinéens m’accompagnent dans cette mission que le Président Dadis a bien voulu me confier et par rapport à laquelle le Premier ministre me soutient énormément.
Mr. le ministre, les forces vives de la nation veulent qu’on organise les élections législatives et présidentielles d’ici décembre 2009. Concrètement et techniquement cela est-il possible en cinq mois ?
Mamadouba Max Bangoura : C’est une question pertinente que vous venez de me poser. Je veux être conforme avec la politique du Président. Certes, nous ne sommes pas des politiciens parce que nous allons partir. Mais nous sommes qu’à même des Guinéens. Il faudrait que nous voyions ensemble ce qui est possible de faire. Quelques leaders politiques disent actuellement que techniquement ce n’est pas jouable. Je voudrais que la communauté internationale tienne compte d’un fait. La Guinée ne se limite pas à Conakry. Les leaders politiques aujourd’hui ne font pas l’unanimité de tous les Guinéens. Par rapport à cette question précise, j’aurais aimé qu’on déplace un peu le problème. Qu’on consulte les populations à l’intérieur du pays pour qu’on puisse tenir compte de leur avis. Dernièrement au cours du rassemblement de la jeunesse au Stade du 28 Septembre, les jeunes ont marqué leur non adhésion au chronogramme des forces vives. Qu’à cela ne tienne, le Président Dadis a été très clair. La première réunion avec le Groupe de Contact, il a proposé des étapes. Lors de la deuxième réunion, on lui demande de donner une date de la fin de la transition. Dadis a dit « je ne suis pas politicien, je ne peux pas donner de date. J’ai donné des étapes, c’est vous qui savez quelles sont les activités que vous devez faire entre maintenant et la date que vous allez choisir ». Aussi, a-t-on parlé de la mise en place d’un Conseil National de Transition(CNT) qui doit normalement faire le toilettage de notre loi fondamentale qui a été galvaudée et modifiée à la mesure de quelqu’un. Il faut tout de suite mettre cet organe en place pour faire le toilettage de la loi fondamentale, après la soumettre au peuple par voie référendaire pour l’adopter. Inutile de dire que cela demande énormément de temps. & nbsp; Il y a deux ans les syndicalistes, par l’ampleur de la demande sociale, ont quitté même le domaine syndical pour demander le départ de celui qui était garant de la constitution, c’est à dire le Président. Mais la demande sociale était tellement forte que tout le monde a soutenu les syndicalistes. Mais cette fois, je crois qu’on est trop pressé. Peut être que mathématiquement ceux qui ont proposé la tenue des élections au mois de décembre ont dû mettre tout au point. C’est à dire évaluer tous les aspects pour savoir que décembre est jouable. A ma connaissance, sur le plan financier il n’y avait que 12 millions de dollars pour les élections déjà la Banque Centrale. N’empêche, si ceux qui veulent qu’on parte très rapidement aux élections jouaient le jeu en cherchant le financement, peut être qu’on pourrait faire les consultations d’ici fin 2009. Techniquement à mon avis, c’est un peu difficile à jouer. J’aurais bien souhaité qu’on puisse en arriver là. Mais je souhaite aussi que l’on consulte l’ensemble des populations et que l’on donne le temps à ceux qui vont faire la constitution pour que nous ne fassions pas le travail à la mesure de quelqu’un encore. Qu’on fasse un travail propre. Le Président Dadis a donné deux ans. Si toutes les forces vives s’étaient mises avec nous, on aurait mis tout sur table et peut être qu’on n’allait pas partir jusqu’en décembre 2010. On aurait pu faire les élections au milieu de l’année 2010.
Est-ce que dans ces conditions il n’y aura pas de divergence entre les assises dont on dit au nom du peuple et les forces vives qui sont composées de syndicats, des partis politiques et de la société civile ?
Mamadouba Max Bangoura : Je vais répondre à cette question en deux tranches. D’abord je suis très ravi que le Président lui-même ait dit qu’il va avoir un forum. Cela implique que mon point de vue semble être en phase avec celui du Président de la République, parce que la Guinée ce n’est pas Conakry. Un exemple : j’ai été à la pose de la première pierre de la mosquée de Timbo. Là-bas, la population qu’on a rencontrée nous a fait entendre que ce que le CNDD est entrain de faire qu’elle a attendu très longtemps. Aller faire ses prières à la mosquée au petit matin, n’était plus possible ni à l’intérieur ni à Conakry. Si on ne tenait compte que de cela, les populations de l’intérieur voudraient qu’on revoie le timing en termes de passage de témoin. Ensuite, vous évoquez de forces vives qui parlent au nom du peuple. Pour moi, le peuple est uni. Quand il y a eu la grève en 2007, les syndicalistes, auxquels je rends hommage, se sont appuyés sur le peuple pour venir à bout du pouvoir en place. Malheureusement ce ne sont que des jeunes qui ont perdu leur vie dans cette confrontation. Donc, à mon avis, c’est ce forum qui nous dira quelle direction nous allons prendre, même si les forces vives sont aussi l’émanation du peuple. En Guinée, il n’y a qu’un seul peuple. Et ce peuple il est souverain. Comme dirait l’autre : « quand le peuple se soulève, il n’y a plus de constitution ». Votre dernier mot Mr. le ministre.
Mamadou Max Bangoura : Je voudrais saisir cette occasion, pour remercier la mission permanente auprès des Nations Unies pour toutes les facilités qu’elle a créées pour qu’on ait cette rencontre. Je vous avoue que je serais retourné en Guinée avec beaucoup de regret. J’allais être l’un des premiers ministres à sortir dès après la prise du pouvoir, et qui allait rentrer, sans avoir à conférer avec ses compatriotes. Mais ça c’est le temps qui ne m’a pas permis. Je suis venu pour une réunion qui est terminée tard le vendredi. Parallèlement à ces réunions j’avais pris des contacts pour régler par exemple l’épineux problème de recensement de la population que la Guinée doit normalement réaliser en 2010. Très sincèrement je souhaite que ce genre de contact se perpétue. Aujourd’hui j’ai l’opportunité de parler en direct avec vous. Le plus souvent on évite de lire vos productions. Parce qu’on pense que vous êtes des maisons engagées et que vous parlez au nom de telle ou telle personne. Mais si vous multipliez ce genre de contact, rencontrez les responsables, vous aurez peut être des informations réelles. C’est vrai aussi que vous n’aviez pas cette opportunité puisqu’avant, politiquement, les responsables n’osaient pas. Mais nous, notre gouvernement n’a pas de question taboue. Nous avons toujours estimé que pour que la population soit informée, il faut communiquer. Et c’est ce que le Président Dadis est entrain de faire. Je vous remercie et à travers vous, toute la communauté guinéenne qui vit aux Etats-Unis. Accepter d’être mon porte-parole à côté de cette population pour présenter toutes mes excuses. J’espère que s’il y a une prochaine fois pour moi de venir ici dans cet Etat, en tout cas aux Etats-Unis, je ferai en sorte que je puisse directement être en contact avec mes compatriotes. Enfin, je remercie aminata.com, guineews et guineevision.com pour cet excellent travail qui consiste à donner l’occasion aux officiels de s’adresser directement aux Guinéens à travers le monde.
Propos recueillis par Bangaly Condé « Malbanga » rédacteur en chef de guineevision.com Bangaly Condé « Malbanga »