USA : Antis et pros Dadis face à face

Il y avait aujourd’hui de l’électricité dans l’air du côté de la représentation diplomatique de la Guinée et du côté du bâtiment en verre des Nations Unies. Ce lundi 28 septembre 2009, dès 11 heures des protestants contre le pouvoir militaire et des supporteurs se sont donnés rendez-vous devant ces deux institutions pour exprimer face à des cameras de télévision, d’une part leur aversion contre le pouvoir militaire et leurs soutiens au CNDD, d’autre part.

Sortis massivement, déterminés et déchaînés contre le pouvoir militaire, des Guinéens venus de tous les horizons des Etats-Unis ont manifesté leur ras-le-bol devant l’Ambassade en scandant des slogans hostiles au Capitaine Moussa Dadis Camara et au CNDD. Aussi on pouvait lire sur des pancartes des slogans comme « Abas Dadis, Dadis le tueur, les militaires dans les casernes etc. ».

Dans le tas nous avons tendu notre micro à certains manifestants qui ont tenu des propos sévères à l’égard de la junte.

Pour Abdoulaye Barry, les Guinéens ne pourront plus accepter une troisième dictature. « Nous nous battrons jusqu’à l’instauration d’une vraie démocratie en Guinée.. ».

Alpha Oumar Sow exprimera sa grande déception et traitera le Capitaine Dadis Camara de menteur. « Quand le CNDD a pris le pouvoir le 23 décembre 2009, toute la Guinée était soulagée et un immense espoir était né du fait que le Président Dadis disait à qui voulait l’entendre qu’il n’était pas avide de pouvoir, qu’il avait pris le pouvoir pour éviter à la Guinée une guerre civile et d’organiser des élections libres et transparentes sans qu’aucun membre du CNDD et du Gouvernement ne soit candidat aux différentes élections. Aujourd’hui où est la probité morale dont il parle tant ? ».

Quant à Malick Ann, il exigera l’arrestation du Capitaine Dadis Camara pour la mort des 87 patriotes guinéens qui sont tombés ce lundi 28 septembre 2009 à Conakry sous les balles de ses militaires sans foi ni loi.

Du côté de Lexington Avenue où étaient regroupés les supporteurs du CNDD, on entendait un autre son de cloche diamétralement opposé aux slogans qu’on scandait du côté de la 3e Avenue. Vive le CNDD, Vive Dadis, No more drugs (plus de drogues), Dadis doit rester, etc. étaient des slogans qu’on pouvait entendre et lire sur des pancartes que des manifestants exhibaient devant les chaînes de télévisions locales.

Là aussi, les inconditionnels du CNDD se sont exprimés pour dénoncer l’instrumentalisation du combat démocratique que tout Guinéen digne de ce nom doit mener et les ressentiments ethnocentriques de certains protestants.

Interrogé sur place, Oumar Camara ventera les mérites du CNDD en citant ses différentes actions salvatrices dont les résultats, selon lui, crèvent les yeux. « Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on doit soutenir le Capitaine Moussa Dadis Camara :

D’abord, la grande lutte qu’il a engagée contre le narcotrafic et le grand banditisme. Ensuite

la moralisation de la gestion de l’économie guinéenne. Tout le monde sait aujourd’hui en Guinée que les détournements de fonds ont diminué et la corruption commence à être endiguée », a-t-il ajouté.

Pour Ousmane Kaba, nous soutenons le CNDD, parce qu’il a pu faire en huit mois ce qu’aucun gouvernement précédent de la Guinée n’a pu le faire depuis l’avènement des militaires au pouvoir en 1984.

Fatoumata Keita, elle, souhaite tout simplement qu’on donne du temps au CNDD de terminer le travail qu’il a commencé dont, l’assainissement de l’économie guinéenne, la restauration de l’autorité de l’Etat et la lutte contre l’insécurité. Pour elle, seuls les militaires peuvent ouvrir des chantiers aussi dangereux comme la lutte contre le cartel de la drogue et la lutte contre les bandits de grands chemins.

En ordre, les deux groupes rejoindront les Nations Unies dans les environs de !4 heures 30 où chacun de son côté continuera ses manifestations. C’est à 16 heures que les supporteurs du CNDD se retireront et deux heures plus tard le groupe d’anti-Dadis se dispersera.

L’image triste qu’on retiendra de ces manifestations est la fissure créée au sein de la communauté guinéenne des Etats-Unis qui a toujours été unie et a toujours défendu le même idéal à savoir, la paix, le bonheur et la démocratie en Guinée.

Si ces manifestations n’avaient qu’un seul sens, celui de la démocratie, on se serait félicité pour cette diversité d’opinions et d’idées. Mais malheureusement et très malheureusement d’ailleurs, il n’en est rien. Beaucoup de manifestants n’adhèrent pas souvent à des mouvements par conviction mais par intérêt, par passion ou par ethnocentrisme. D’où cette grande division aujourd’hui au sein de la communauté guinéenne des Etats-Unis.

Désormais il est urgent et voire même indispensable de convoquer une assemblée générale qui regroupera tous les Guinéens afin d’arrêter cette tension dont on n’ose pas dire le nom, qui pourra un jour nous conduire à l’affrontement.

La balle est alors dans le camp du bureau de la communauté guinéenne de New York.

Reportage de Bangaly Condé « Malbanga »