L'ONU concerte le président Compaoré
Ouagadougou - Le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des affaires politiques Haïlé Menkerios a rencontré lundi 19 septembre 2009 au Palais Kossyam de Ouagadougou, le chef de l'Etat burkinabè Blaise Compaoré.
"facilitateur" dans la crise guinéenne. L'enquête internationale demandée par le secrétaire général des Nations unies sur les massacres d'opposants le 28 septembre dans un stade à Conakry a été au centre des échanges entre M. Compaoré et le fonctionnaire onusien.
Réclamée par l'opposition, les défenseurs des droits de l'homme et la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO, 15 Etats), l'enquête internationale sur le massacre de militants de l'opposition le 28 septembre à Conakry a finalement été instituée par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon. Lundi, son adjoint en charge des affaires politiques, l'Ethiopien Haïlé Menkerios après un séjour à Conakry est venu à Ouagadougou s'entretenir avec le président Blaise Compaoré nommé le 2 octobre, "facilitateur" de la crise guinéenne par la CEDEAO.
"Je suis ici pour informer le président Compaoré qui est le médiateur entre les parties guinéennes sur ce qui s'est passé et quel est l'objectif de (la) Commission d'enquête (internationale mise en place par les Nations unies, ndlr)", a déclaré M. Menkerios à la presse. Son entretien avec le président Compaoré a duré environ trois quarts d'heure.
"Il (le président Compaoré) m'a assuré que le travail de cette Commission va beaucoup aider son effort pour aider les Guinéens à arriver à une solution pacifique", a poursuivi M. Menkerios. Le fonctionnaire onusien était arrivé dimanche à Conakry où il s'est entretenu avec le Premier ministre Kabiné Komara, les dirigeants de l'opposition avant de rencontrer le chef de la junte au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara.
Son travail est en réalité une pré-enquête avant la désignation d'une véritable équipe d'enquêteurs indépendants pour faire la lumière sur ce qui s'est passé réellement en dehors et à l'intérieur du Stade du 28 septembre de Conakry le 28 septembre 2009 et le lendemain où des opposants ont été massacrés et des dizaines de femmes violées par des éléments des "Bérets rouges", membres de la sécurité rapprochée du capitaine Dadis Camara.
"J'étais à Conakry avec mon équipe pour informer le gouvernement et demander son agrément. Il a donné son accord et sa coopération avec la Commission d'enquête. Le président (Dadis Camara) et le Premier ministre (Kabiné Komara, ndlr) m'ont assuré qu'ils acceptent et qu'ils vont coopérer avec cette Commission, et ça, c'est très bon", s'est félicité l'Ethiopien qui a été introduit auprès de M. Compaoré par le chef de la diplomatie burkinabè Alain Bédouma Yoda.
A la question de savoir s'il avait évoqué avec la "facilitateur" le début du dialogue inter-guinéen, M. Menkerios a répondu: "J'ai demandé au président Compaoré, je crois qu'il est prêt à pousser le processus mais ça dépend des parties guinéennes. Il m'a dit qu'il est prêt à commencer immédiatement les discussions mais ça dépend des parties guinéennes. J'espère que dans une semaine ou deux semaines, peut être, il va commencer", a déclaré le fonctionnaire onusien assisté de quatre de ses collaborateurs et du coordinateur du système des Nations unies au Burkina, Babacar Cissé.
Le 28 septembre, une manifestation de l'opposition avait été violemment réprimée par des éléments des "Bérets rouges", la garde rapprochée du capitaine Dadis Camara, chef des jeunes officiers qui se sont emparés du pouvoir après la mort du "général-président" Lansana Conté qui avait dirigé la Guinée d'une main de maître pendant 23 ans.
Selon l'Onu, la répression a fait "plus de 150 morts", la junte n'en retient que le chiffre de 56 tués. Ce massacre a été à l'origine de la radicalisation de la position de l'opposition vis-à-vis de la junte au pouvoir. Celle-ci réclame désormais le départ "immédiat et sans condition" des militaires du pouvoir, l'instauration d'une nouvelle transition pour l'organisation des premières élections libres et transparentes. Le capitaine Dadis Camara de plus en plus isolé sur la scène internationale est également pressé de ne pas se présenter à l'élection présidentielle fixée à la fin janvier.