Le Président
Organisation Non Gouvernementale ayant Statut spécial à l’ECOSOC aux Nations Unies, membre observateur à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) de l’Union Africaine et à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).
AVANT- PROPOS
La section Guinéenne de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO - GUINEE) a élaboré ce document pour se conformer à l’un de ses objectifs majeurs qui consiste à dénoncer publiquement, courageusement et de façon régulière les violations des Droits de l’homme perpétrées dans le pays.
Il s’agit pour nous de porter à la connaissance des autorités, des partenaires au développement, des leaders d’opinion, des masses populaires, des violations des droits de l’homme afin que chacun, en ce qui le concerne puisse développer des mécanismes visant à combattre ces agissements. Nous comptons produire à chaque trimestre un rapport sur les nouvelles orientations des violations ainsi que leur ampleur.
Notre idéal est, à terme, de créer une banque de données regorgeant une documentation nécessaire à la connaissance de la situation des droits de l’homme dans le pays, afin que chaque organisation ou institution puisse y trouver des informations utiles pour ses activités. Le silence nourrit les violations des droits de l’homme. La dénonciation publique et sans retenue guérit le mal que constituent les violations des droits de l’homme.
Les auteurs des violations bénéficient d’une protection majeure et d’un encouragement s’ils peuvent compter sur le silence des activistes des droits de l’homme. Il faut donc briser le silence par tous les moyens, afin d’exposer les auteurs des violations qui, par souci de leur propre image et pour leur sécurité même vis-à-vis de leur propre environnement, sont parfois amenés à changer de comportement ou à améliorer ce qu’ils ont déjà.
C’est le premier pas dans le sens du changement qualitatif en faveur de la démocratie et de l’Etat de droit pour l’avènement desquels, des centaines de guinéens ont perdu la vie depuis les indépendances. Nous appelons tous les acteurs de la vie nationale à dépasser les considérations ethniques, régionalistes, politiques et même personnelles, pour s’inscrire dans une dynamique constructive dans laquelle, la dénonciation à outrance se fait sans réserve, dans l’objectivité, l’impartialité et le professionnalisme. Nous remercions tous ceux, qui, de près ou de loin ont contribué à alimenter ce rapport et nous remercions d’avance la presse pour son travail remarquable en faveur de la dénonciation.
Bonne fête de pâque à tous
Vive la démocratie
Vive la Guinée
Que Dieu bénisse la Guinée, les guinéens et ceux qui ont choisi de vivre en terre africaine de Guinée momentanément ou définitivement.
Introduction:
Depuis le 28 septembre 2009, la République de Guinée a enregistré une série de violations des droits humains. Le tableau que nous présentons de cette situation des droits de l’homme est indicatif et ne se limite pas à la seule violation mais s’étend au progrès réalisé dans ce domaine.
C’est pourquoi nous avons pris soin de présenter le travail en trois (3) principales parties :
A) - Nous avons énuméré les cas de violations que nous avons pu enregistrer dans le trimestre qui vient de s’écouler ainsi que les avancées réalisées.
B) - Nous avons parlé des avancées notables depuis le 28 septembre 2010, C) - Nous avons fait ressortir des craintes qui nous animent face à ces différentes violations, D)-Nous avons formulé des recommandations allant dans le sens de la rectification des tirs.
A- DES VIOLATIONS GRAVES DES DROITS HUMAINS
1) Tentative d’assassinat du capitaine Dadis par son aide de camp : Le 03 Décembre 2009, le capitaine Dadis CAMARA a fait l’objet d’une tentative d’assassinat au camp Koundara par son aide de camp, Aboubacar Sididki Diakité, alias TOUMBA .
A cette occasion, beaucoup de militaires soupçonnés d’être des proches de Toumba ont été arrêtés, comme le confirme d’ailleurs la déclaration du 9 Décembre 2009 du Colonel Moussa keita, Secrétaire permanent du CNDD , qui a affirmé à l’agence France presse qu’une centaine de militaires avaient été arrêtés après la tentative d’assassinat . Il faut souligner que beaucoup de militaires sont morts pendant cette tentative et les jours qui ont suivi. On peut citer en exemple le commandant du Bataillon autonome de la sécurité Présidentielle (BASP) communément appelé Camp Koundara, le sergent chef Mohamed II camara dit Beugré , qui a été arrêté à Pamelape près de la frontière avec la Sierra Leone et conduit au camp Alpha Yaya Diallo , siège de la junte où il succomba à la torture selon certaines sources d’information, pendant que d’autres affirment qu’il se serait suicidé.
On peut citer également le chauffeur du capitaine Dadis, Sankaran Kaba et le lieutenant Joseph Makambo Loua, adjoint de Toumba .
Il y a lieu également de noter l’arrestation du père de Toumba, le commandant Mamadi Diakité et la maison de Toumba qui a été saccagée.
2) Désordre à Siguirini :
Siguirini est une sous-préfecture de la préfecture de Siguiri dans le gouvernorat de Kankan en Haute Guinée . Depuis 1964, date de son érection en sous préfecture, siguirini a connu 20 sous –préfets dont le dernier, commandant Zézé II Koivogui a été nommé par le CNDD qui a pris le pouvoir le 28 Décembre 2008 sous la direction du capitaine Dadis camara . La Sous-préfecture abrite la Société minière de Dinguiraye (SMD) , l’une des plus importantes du pays. Le sous-préfet nommé serait entré en disgrâce avec l’Association pour le Développement de Baraka (ARDEBA) , une ONG mise en place par la population pour défendre les intérêts socio-économiques de la région . Cette opposition aurait entrainé des plaintes successives de la population auprès du préfet de siguiri et du gouverneur de kankan . Face à la montée des tensions entre les deux (2) parties, et suite à une plainte de l’ONG ARDEBA portée auprès du ministre de l’administration du territoire et des affaires politiques pour corruption le 26 Octobre 2009, le gouverneur de kankan aurait reçu la lettre NO 607/MATAB/CAB du 05 Novembre 2009,lui ordonnant de se saisir du dit dossier . Le gouverneur effectua donc le 20 Décembre suivant une visite de terrain à Siguirini avant de convoquer toutes les parties à kankan le 15 janvier 2010, pour décider la suspension du commandant Zézé II koivogui , sous- préfet de siguirini . Le 26 janvier 2010, le MATAP à travers l’acte administratif NO 0058/MATAP/CAB/DNAT/10 du 26 janvier 2010 confirme la suspension du sous-préfet et procède à la nomination d’un nouveau sous-préfet à siguirini. Le 4 février 2010, la décision NO 004 RAK/CAB/ du 4 février 2010 ordonne la réinstallation à ses fonctions du sous-préfet suspendu Zézé II KOIVOGUI. Ainsi, l’ordre de mission NO O81/RAK/PS du 10 février 2010 nomme la délégation chargée de mettre en application la décision du 4 février 2010 portant réinstallation du sous- préfet . Ce sont :
1- Moussa Bapport SOUMAH – Secrétaire Général Chargé des Affaires Administratives (SGAA) – Chef de mission ;
2- Ibrahima Kalil DIALLO- Attaché administratif, membre rapporteur
3- Commandant Alama KEITA- Infanterie-membre observateur ;
4- Boussou Mohamed KALIVOGUI – Escadron Gendarmerie, membre observateur ;
5- Lieutenant Mory CONDE – Police-membre observateur ;
6- Commandant Zézé II KOIVOGUI - sous-préfet à installer ;
7- Djibril CAMARA - Président du district de siguirini, facilitateur.
Le 11 février 2010, le sous-préfet est réinstallé dans ses fonctions. Aux environs de 21H30, un citoyen, Néné Vieux Camara est arrêté et sa mère bastonnée. Une ceinture et une balle d’arme militaire retrouvées sur les lieux d’arrestation témoignent de la violence qui l’a caractérisée.
Une demi-heure après, des armes de guerre auraient retenti dans le village pendant plus d’une heure, suivi de la calcination de la maison du citoyen Saran Sékou Keita accusé de complicité avec les bérets rouges venus commettre des arrestations arbitraires dans le village. Ainsi, les citoyens arrêtés ont été détenus dans un container à Lero, site de la société minière de Dinguiraye. Ce sont :
1- Simity Makan camara
2- Filasso Bala camara
3- Kerfalla camara (président de district de Balandougou)
4- Brema camara
5- Mamadi Kabadjan sangaré (président de district de Sokoro) .
Une dizaine d’autres ont été momentanément détenus au Camp Alpha Yaya Diallo de Conakry .
Ce sont :
1- Néné Mady camara dit Néné vieux
2- Ibrahima Sory Fadiga
3- Mamadi camara
4- Mamadi rouge camara
5- Karim Gnagasso
6- Djibril camara
7- Iya Moussa keita
8- Bakary Sy Savané
9- Samba Sangaré
Cinquante trois (53) autres personnes menacées d’arrestation ont dû quitter le village .
Nous constatons avec regret que l’autorité de l’Etat ne s’exprime pas à travers le respect de la hiérarchie.
- Que les populations de 14 districts sur les 17 composants la sous-préfecture sont farouchement opposées au maintien du sous-préfet et certains d’entre eux craignent de subir une vengeance de sa part .
3- ARRESTATION ET MENACES DES MILITANTS DES DROITS DE L’HOMME, JOURNALISTES ET LEADERS POLITIQUES :
Des menaces de mort contre des activistes des droits de l’homme, des journalistes, des artistes et des leaders politiques avec des journalistes étrangers rapatriés au mois d’octobre 2009. - L’arrestation de l’activiste des droits de l’homme,Monsieur Mouctar Diallo, membre de l’Observatoire National des Droits de l’Homme(ONDH),le 26 Novembre 2009 par les hommes du ministre chargé du grand banditisme et de la lutte contre la drogue , le commandant Moussa Tiégboro camara . Il a été incarcéré respectivement au camp Alpha Yaya Diallo du 26 Novembre au 14 Décembre 2009, au PM3 du 14 Décembre 2009 au 5 janvier 2010, à la maison centrale du 5 janvier au 5 février 2010 . Il a été libéré seulement le 05 février 2010 . 4) Des heurts entre les forces de l’ordre et les étudiants grévistes à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry :
Durant le mois de Février 2010 , il a été noté une descente musclée des forces de l’ordre à la demande du recteur dans l’enceinte de l’université de Conakry. Des coups ont été administrés par des policiers sur la personne des étudiants. Une étudiante enceinte aurait reçu des coups mettant en danger sa vie et celle de son enfant.
5) Mauvais traitements et actes de torture infligés sur les présumés trafiquants de drogue ou produits illicites :
D’après la déclaration des avocats constitués pour la défense des personnes mises en cause pour trafic de drogue, ces derniers seraient dans des conditions de détention illégales dans les locaux de la maison centrale où ils subissent des manipulations sexuelles et autres traitements inhumains et dégradants.
6- Des événements de N’Zérékoré où 5 personnes ont été tuées et plusieurs dizaines de personnes blessées ( cf. rapport sur les événements de N’Zérékoré).
7- De la mutinerie de Kaleyah : Depuis le 31Mars 2010, des arrestations sont en cours au sein des forces armées guinéennes. En effet, des officiers et des sous-officiers proches du capitaine Moussa Dadis CAMARA sont soupçonnés par le Général Sékouba KONATé et ses proches de vouloir saboter la transition. Nous rappelons qu’avant les événements du 28 Septembre, 7000 personnes avaient été recrutées par le CNDD en marge des procédures en vigueur dans l’armée, c'est-à-dire que la gendarmerie et la police n’ont pas été impliquées pour les enquêtes de moralité et autres. Des tests médicaux auraient été effectués et les résultats auraient permis à l’état major des armées de radier environ un millier de soldats et de répartir le reste entre les Camps de Mali yemberin , de Dabola, de Faranah, de Kindia et de Koundara. Les personnes radiées officiellement pour raison de santé, seraient majoritairement originaires de la Guinée forestière, et donc proches du capitaine Moussa Dadis Camara.
Informés d’avance de la volonté de la hiérarchie militaire de les mettre à la porte, les soldats n’ont pas attendu la proclamation officielle des résultats avant de marquer leur désaccord. C’est ainsi que le Mercredi 31 Mars, une mutinerie s’est produite au camp de kaléyah mais tout va rapidement entrer en ordre.
Les officiers soupçonnés d’être à la base de cette révolte ont été arrêtés. Il s’agit notamment de :
1- Commandant Gono Sangaré
2- Commandant Dragon PEVE Guilavogui
3- Capitaine Marcel Guilavogui, ancien adjoint de Toumba, ancien aide de camp de Dadis
4- Lieutenant Jean Louis Kpoghomou Nous rappelons au passage que le 12 Mars 2010, le Général Konaté avait eu un entretien avec les militaires au camp Alpha Yaya Diallo où il avait affirmé : « Vous êtes surveillés de près. Je mets en garde ceux qui tiennent des réunions, nous sommes au courant. Partout où vous êtes, votre position est surveillée. Ceux qui veulent saboter la démocratie, on va les tuer…..Certains veulent saboter la transition pour des raisons ethniques …. ».
8- LES GREVISTES DE LA FAIM
Le lundi 22 Mars, Thierno Diallo Telly fils ainé de Diallo Telly premier secrétaire General de L’OUA, ancien Ministre de la justice sous le régime de sékou Touré a entamé une grève de la faim illimitée. Il réclame à l’armée les charniers des victimes de la révolution du PDG.
Il est à signaler que sa grève de la faim n’a suscité aucune réaction de la part des autorités.
Mais auparavant des jeunes grévistes de la faim Guinée. Ils s’étaient installés à la maison des jeunes de Dixinn pour réclamer un dialogue National pour une sortie de crise pacifique. Ils ont été arrêtés et séquestrés au camp Alpha Yaya Diallo pendant plusieurs heures.
B) Des avancées notables en termes de respect des droits humains :
En dépit de ces violations ci-dessus énumérées, il convient de noter quelques actes positifs posés par les autorités en termes de droits humains. Il s’agit notamment :
1- Sur le plan de la justice :
- La remise en liberté provisoire de certains présumés coupables de trafic de drogue et de détournement de deniers publics ;
- L’ouverture de la cour d’assise le lundi 29 Mars 2010 pour juger 115 dossiers relatifs au trafic de drogue, au détournement des deniers publics et autres délits ;
- Le magistrat Doura Cherif a refusé de répondre à la convocation du ministre chargé des services spéciaux et de la lutte anti drogue le lieutenant Colonel Thiegboro Camara , et ce bras de fer s’est terminé par la victoire du droit sur la force ;
- La nomination à la tête de la cour suprême d’un magistrat réputé intègre et compétent.
- La Présidente du CNT Hadja Rabiatou Sera Diallo a décidé de poser les bases d’une réconciliation nationale de la Guinée avec elle-même. Notons que cette réconciliation est indispensable à l’établissement d’un Etat de droit en Guinée.
- Le Ministre Moussa Thiegboro Camara, accusé de corruption par des présumés narco trafiquants a été convoqué par le Président de la cour d’appel Maitre Doura Cherif ainsi que les commandants Zimolo et Kaloga.
Nous enregistrons la convocation du commandant de l’aéroport de Boké, le Directeur Général de L’ANA et le Préfet de Boké pendant les faits. Ces convocations atypiques montrent que la justice guinéenne est capable de se conformer aux normes internationales en la matière si les conditions politiques et matérielles de son indépendance sont réunies .
- La reprise annoncée des audits : Nous estimons que tous les citoyens accusés d’avoir détourné des deniers publics d oivent les rendre à l’Etat. Nous rappelons que cinq mille milliards ont disparu des caisses de l’Etat depuis le 23 Décembre 2008, date à laquelle le CNDD a pris le pouvoir. Et cela est la conséquence de l’impunité qui a toujours prévalu en la matière.
2- Sur le plan de la sécurité : - Les arrestations arbitraires des civils par des militaires sont de moins en moins portées à notre connaissance ; - Les rackets et les tracasseries policières perpétrés sur les usagers de la route ont sensiblement diminué.
3- Sur le plan politique : - La nomination d’un premier ministre issu des rangs de l’opposition et la formation d’un gouvernement d’union nationale ;
- La création du Conseil National de la Transition pour une révision limitée de la constitution et des textes électoraux ( code électoral) ;
- La reprise des activités politiques et syndicales ;
- Le libre accès aux médias publics ;
- L’amélioration des relations diplomatiques entre la Guinée et certains pays amis ;
- La fixation de la date du premier tour des élections au 27 juin 2010
C – LES CRAINTES :
- Suite à une tournée que nous avons effectuée en guinée forestière et après avoir interrogé plus d’une centaine de personnes issues de l’administration publique, de la société civile, des sages , des femmes, des jeunes et autres élus locaux, nous avons abouti à la conclusion suivant laquelle : Que des violences basées sur les intolérances à caractère ethnique et politique menacent notre pays, la détermination des proches du capitaine à travailler pour son retour au bercail . Ainsi, nous retenons chez les proches du capitaine Dadis deux (2) principaux facteurs qui justifient leur détermination :
a- Le sentiment d’injustice qui les anime :
Les proches du capitaine Dadis pensent qu’ils sont en train de subir des graves injustices en rapport avec la détention et l’exercice du pouvoir politique en guinée. Ils estiment qu’à la mort du premier président guinéen Ahmed Sékou Touré, l’exercice du pouvoir politique devait revenir de droit au premier ministre d’alors Lansana Béavogui qui en aurait été empêché du fait de son appartenance ethnique et régionale. La même logique aurait été observée après les événements de janvier et février 2007. A cette occasion, monsieur Eugène Camara , ancien ministre du Général Lansana Conté a été nommé au poste de premier ministre , chef de gouvernement, choix aussitôt rejeté par une foule déchainée revendiquant le choix d’un premier ministre n’ayant jamais participé à la gestion des affaires publiques. Après le limogeage de Lansana Kouyaté le 20 Mai 2008 et la nomination non contestée de Ahmed Tidjane Souaré au poste de premier ministre, il est apparu clairement aux yeux de certains de nos compatriotes de la guinée forestière que le rejet violent et sans retenue de Eugène Camara était guidé par le mépris du pouvoir des enfants de la région.
Le rejet avec les conséquences dramatiques engendrées par les manifestations pacifiques du 28 Septembre au stade du même nom, est la goute d’eau qui a fait déborder le vase . La mise hors course du capitaine Dadis est donc perçue comme un complot s’inscrivant en droite ligne avec celui de 1984 et celui de janvier et février 2007.
b- Le sentiment de culpabilité qui les habite : Les proches du capitaine Dadis s’auto accusent de l’avoir encouragé à se maintenir au pouvoir en dépit des engagements qu’il a pris devant son peuple et devant la communauté internationale . Ils disent l’avoir incité dans ce sens pour consacrer le droit des peuples de la forêt à l’exercice du pouvoir politique qui leur avait été refusé à deux (2) reprises déjà. Par conséquent ils se sentent aussi coupables que le capitaine Dadis des conséquences tragiques de ce choix. Ainsi donc, ils estiment qu’un abandon du capitaine Dadis à son triste sort n’est qu’une abominable trahison, ce que ne pourraient admettre en aucun cas leur sens de l’honneur et leur fierté. Ce sentiment de culpabilité poussé à l’extrême les plonge dans un combat destiné à marquer leur solidarité avec le capitaine en convalescence à Ouagadougou, un combat qui a aussi la valeur d’un aveu de culpabilité. Cette dimension de la question est essentielle pour la simple raison qu’elle puisse se résumer comme suit : « le capitaine Moussa Dadis Camara a risqué sa vie en accédant à notre demande, il est de notre devoir absolu de prendre des risques majeurs pour le rétablir dans ses droits ». Nous noterons au passage que le maintien du capitaine Dadis à Ouagadougou est perçu par ses proches comme une étape vers son renvoi devant la Cour Pénale Internationale pour y répondre de sa présumée responsabilité dans les massacres du 28 Septembre. Il faut donc absolument agir pour éviter un tel scénario. Pour ce faire, ils sont convaincus que la transition est une opportunité majeure car toute action visant cet objectif après les élections serait injustifiée et mal venue, il est donc question de battre le fer pendant qu’il est chaud. Nous craignons que la combinaison de ces (2) facteurs n’entraine la guinée dans la guerre civile. D’ailleurs, les arrestations d’officiers proches du capitaine et la radiation des soldats qu’ils avaient recrutés laissent présager une possible confrontation violente au sein des forces armées.
- L’absence des mesures correctives contre l’impunité : a- Les crimes de sang : Le sentiment qui anime certains citoyens et selon les quels il serait au dessus de la loi fait planer le spectre de la reproduction des schémas criminels qui ont endeuillé notre pays pendant la mutinerie de Mai et Juin 2008. Nous nous souvenons qu’à ces douloureuses occasions, l’autorité de l’Etat s’était faite succéder par la volonté de groupes armés s’étant volontairement affranchis des lourdeurs de la hiérarchie militaire. Nous ne sommes donc pas à l’abri de règlement de compte sanglant au sein des forces armées en attendant le déroulement de l’ambitieux programme de reforme des armées.
En outre, il est à craindre des scénarios de vengeance orchestrés par des individus ou des groupes qui, dans le désespoir d’obtenir une justice équitable suite aux crimes perpétrés contre leurs proches, ne soient amenés à vouloir se faire justice à eux-mêmes. Il demeure évident que les suites à donner aux conclusions du rapport des Nations Unies sur les massacres du 28 Septembre constituent un test sérieux dont les résultats détermineront l’adhésion de ces individus ou groupes. Notons au passage que ces adhésions constituent une condition sine qua non à une dynamique soutenue par le peuple tout entier pour aboutir à des élections libres et crédibles le 27 Juin 2010.
b- Les règlements de compte à caractère politique et ethnique :
b-1 Les velléités au sein de l’armée : Il est utile de rappeler que depuis sa création, l’armée guinéenne a toujours été au service d’un homme, son commandant en chef qui , à ses yeux , incarnait la nation. Après la prise du pouvoir par l’armée à la mort de l’ancien président Sékou Touré, le Général Lansana conté a accentué les divisions de l’armée pour mieux la contenir. Ainsi, deux (2) clans fondamentaux ont vu le jour :
- Les officiers de sa génération restés fidèles à lui et à l’idée de son maintien au pouvoir par tous les moyens, bénéficient largement les avantages liés à son pouvoir. Certains d’ailleurs sont allés plus loin en ayant recours au trafic d’influence pour favoriser le trafic de drogue et la production illégale de billets de banque.
- Une majorité silencieuse de jeunes officiers frustrés et misérables. Cette différence de traitement a nourri la haine et la peur de l’autre qui sont au centre des malaises qui gangrènent les armées. A la prise du pouvoir par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) sous la directive du capitaine Moussa Dadis camara, la haine a changé de camp, une nouvelle génération d’opulents est née. Les misérables d’hier sont les opulents d’aujourd’hui. Il est donc très aisé, la résistance de ces nouveaux ”patrons“ au changement démocratique, car tout changement visant à rétablir l’ordre constitutionnel est pour eux synonyme d’un retour à la case de départ, c'est-à-dire la situation pénible qu’ils enduraient avant l’avènement du CNDD.
b-2 Les risques d’affrontement inter communautaires : Dans certaines parties de la guinée, les récurrents conflits entre éleveurs et cultivateurs ont pris une proportion inquiétante. A kissidougou par exemple, on a échappé de peu à une violence inter communautaire. A l’origine, la peinerie de viande dans la cité. Beaucoup d’explications nous ont été fournies sur les causes réelles de la tension. Mais celle qui a retenu notre attention consiste à porter un regard coupable sur les bouchers de la ville majoritairement de l’ethnie peulh qui sont accusés d’utiliser leurs marchandises comme moyen de pression et de revendication. A ce sujet, un intellectuel nous apprend : « Dans les villages, les éleveurs peulhs sont constamment violentés et chassés par les autochtones cultivateurs. Les bouchers de la ville, pour se solidariser avec leurs frères de campagne, créant volontairement la peinerie de viande se défendent de trouver difficilement les bœufs, les éleveurs ayant été chassés de leur terre et renvoyés en terre inconnue loin de leur portée ». Un boucher, sous couvert d’anonymat promet que la ville connaitra la plus grave peinerie de son histoire pendant les campagnes électorales, et ce, pour contraindre les candidats aux élections présidentielles de faire de la question des éleveurs une préoccupation majeure. Les jeunes interrogés dans les quartiers se disent prêts à casser toutes les boutiques appartenant à des peulhs si jamais la menace était mise à exécution.
b- 3 Les violences politiques : A moins de deux (2) du lancement officiel des campagnes électorales, les militants de partis politiques rivaux ont commencé à s’affronter. Le cas le plus récent s’est produit dimanche dernier le 29 Mars 2010 entre les militants de l’Union des Forces Démocratiques (UFDG) de l’ancien premier ministre Cellou Dalein Diallo et ceux de l’Union pour le Progrès et le Renouveau de Bah Ousmane. Cet incident aurait fait plusieurs blessés légers. Quelques jours auparavant, les militants du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) du professeur Alpha Condé et ceux du Parti de l’Espoir pour le Développement National(PEDN) de l’ancien premier ministre Lansana Kouyaté ont échappé de justesse à un affrontement. Ces tensions qui créent un environnement de suspicion risquent de créer la psychose chez la population pendant les campagnes électorales. A cela s’ajoutent les discours tels que : « Si tout se passe sans fraude, je serai l’élu ». Ce genre de discours prépare les esprits à la contestation des résultats défavorables au candidat auteur du discours. Ainsi, tout résultat non favorable à soi est frauduleux, et donc contestable. Nous sommes donc très inquiets des répercussions que pourraient avoir des déclarations incendiaires émanant des leaders politiques sur la préservation de la paix et de la stabilité du pays. -Nous craignons que les règlements de compte ne freinent la lutte contre la drogue et le narco trafic en République de Guinée.
- Les résultats de ces audits peuvent être utilisés à des fins de règlement de compte politicien. Des conflits sanglants sont nés de ces genres d’exclusion. Le cas le plus récent est celui de la Cote d’Ivoire. - L’environnement est très menacé car le charbon de bois reste le seul combustible utilisé dans les foyers pour la cuisine. Les informations non encore confirmées font état de négociation en cours entre l’Etat guinéen et une entreprise privée dénommée SEMIFOR SARL (Société d’exploitation des mines forestières) en vue de la vente d’une partie ou de toutes les forêts classées de Ziama et de Diecké. Si cela se confirme, les conséquences seront dramatiques pour la Guinée sur le plan environnemental. Il est en parfaite rupture avec les accords de Kyoto dont la Guinée est signataire.
D- RECOMMANDATIONS :
- Le CNT doit rester dans le cadre des accords de Ouagadougou, c'est-à-dire qu’il ne doit pas apporter de modification majeure à la constitution nécessitant sa mise à referendum. Les travaux doivent faciliter la tenue de l’élection présidentielle à la date du 27 juin 2010 ;
- Il est indispensable que les autorités guinéennes et la communauté internationale donnent une suite urgente et sérieuse aux conclusions de la commission des Nations Unies sur les crimes du 28 Septembre.
- Les partis politiques doivent éduquer leurs militants en leur montrant les limites du tolérable ;
- La presse nationale doit s’engager en faveur de l’unité nationale et de la paix civile ;
- Une reforme profonde et une indépendance totale du système judiciaire : Cette reforme pourrait nécessiter la formation des magistrats et les auxiliaires de justice , la mise à disposition des moyens financiers et matériels, la construction et la rénovation des infrastructures etc….
- Le renforcement de la société civile : Aujourd’hui, les forces vives qui servaient de contrepouvoirs sont détentrices des leviers de commande gouvernementale avec le CNND. Cet état de fait est de nature à ne pas permettre la pose des véritables débats de société comme par le passé lorsque les forces vives étaient dans l’opposition radicale.
En effet, le renforcement de la société civile passerait nécessairement par la mise en place d’une nouvelle structure devant servir de contrepouvoir. De même, des moyens financiers et matériels doivent être mis à la disposition des organisations de la société civile en vue d’assurer leur fonctionnement normal.
- L’ouverture de centre de documentation sur les droits humains : La création d’un centre de documentation et de formation en droits humains serait d’une grande utilité pour la promotion des droits humains. Ce centre serait fréquenté par des élèves, étudiants, chercheurs et militants des droits humains.
- L’organisation des débats à dimensions nationales autour des droits humains :
En vue de démasquer des cas de violation des droits humains les plus secrets, une série de débats doit être périodiquement organisée tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. Cela participerait largement à l’éducation des citoyens ;
- L’élaboration d’un plan d’action national de lutte contre l’intolérance et toutes les formes de discrimination : Pour compresser les haines et les intolérances entre l’ensemble des populations, la mise en place d’un plan d’action national de lutte contre l’intolérance conformément à la recommandation du système des nations unies s’avère indispensable. L’intérêt pratique d’un tel plan est d’amener les guinéens à enterrer des haines accumulées depuis des années et de bâtir une véritable unité nationale - Il est important que la police reprenne toute sa place au coté de la gendarmerie pour rendre plus efficace la lutte contre la drogue et les narco trafiquants. - Aucun candidat aux élections Présidentielles ne doit être recalé pour des raisons liées à l’audit ou à l’âge. Tous les candidats doivent pouvoir se présenter et le peuple doit pouvoir librement choisir ses dirigeants. - Le gouvernement et les partenaires au développement doivent promouvoir l’accès aux gaz (butane) par les populations même les plus deminues. Il faut préserver les forêts classées, notamment celles de Ziama et de Diecké qui sont réputées avoir la plus riche biosphère de l’Afrique occidentale.
CONCLUSION :
Nous recommandons très fortement la tenue du premier tour de l’élection présidentielle à la date indiquée car, dans la situation actuelle de notre pays, des élections imparfaites valent beaucoup mieux qu’un report qui risque d’alimenter l’incertitude sur l’issue de la transition.
La tenue d’élection libre, crédible à la date du 27 juin 2010 est une condition essentielle de la paix et de la stabilité : Si ces élections n’ont pas lieu à cette date, il est très improbable qu’elle puisse se tenir avant la fin de l’année à cause du mois de ramadan, de la saison pluvieuse et des travaux champêtres. Et si ces élections sont reportées en fin d’année, le scénario électoral Ivoirien risque de se reproduire en Guinée avec des conséquences imprévisibles sur l’unité nationale et la stabilité. De notre point de vue, tous les problèmes de la Guinée ne peuvent en aucun cas se résoudre en quelques mois, encore moins en quelques années. Les maux sont très profonds et les moyens de les résoudre très limités. Il est donc important, de notre point de vue, que nous entrions dans un régime civile grâce à des élections transparentes et acceptables par tous. Nous aurons alors franchi une étape importante vers un Etat de Droit respectueux des valeurs dans lesquelles nous croyons.
N’oublions pas que les élections étaient prévues pour la fin 2008, n’eût été le décès du général Lansana Conté ; le CNDD s’était engagé à les organiser en fin 2009 avant que tout cela ne soit remis en cause par les évènements sanglants qui on endeuillé le pays de septembre à décembre 2008.
Nous pouvons aller aux élections à la date indiquée et nous devons y aller. Les conflits de personnes, les guerres de positionnement, les suspicions et les considérations ethniques et régionalistes doivent céder le pas à la nécessité impérieuse de sauver le pays en le sortant de cette situation caractérisée par l’incertitude et la peur du lendemain. Nous comprenons toutes les préoccupations qui s’expriment et nous y adhérons volontiers ; cependant, nous estimons que notre combat ne prendra pas fin avec la transition. Et parce qu’il survit à la transition, nous devons pouvoir nous battre contre le pouvoir démocratiquement élu pour faire évoluer les questions que nous n’avons pas pu faire avancer durant la courte période de transition. Le sens de la responsabilité doit prendre le pas sur le reste, car, nous risquons d’être coresponsables de ce qui pourrait arriver à notre pays si les élections sont reportées. Encore une fois, des élections imparfaites le 27 juin valent mieux qu’un report dont les conséquences sont imprévisibles.
Réf. PR/001/18/02/2010/RADDHO-GUINEE:
Fait à Conakry, le 6 Avril 2010
LE PRESIDENT
Mamadi KABA