La France demande à l'ONU d'agir rapidement en Guinée

Le dirigeant par intérim de la junte et ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté. La France a demandé mercredi 23 décembre au Conseil de sécurité des Nations unies d'agir rapidement pour traduire en justice les responsables du massacre du 28 septembre à Conakry, qualifié de « crime contre l'humanité » par un rapport de l'ONU. Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner avait estimé mardi que le retour du chef de la junte guinéenne à Conakry pourrait « déclencher une guerre civile ». Sur le terrain, dans un discours prononcé à l'occasion du premier anniversaire de la prise du pouvoir par l'armée, le général Konaté, dirigeant par intérim, a promis le même jour des élections libres et démocratiques « le plus tôt possible ».

Ce 23 décembre marque le 1er anniversaire du coup d'Etat en Guinée. Dans la nuit du 22 au 23 décembre 2008, le putsch s'était fait sans violences, quelques heures seulement après l'annonce officielle du décès à 74 ans du « général-président » Lansana Conté, malade depuis longtemps.

Les putschistes abrogeaient la Constitution et disqualifiaient les civils pour assurer la transition. Le nouvel homme fort, le capitaine Dadis Camara s'engageait à mettre fin à la gabegie et à rendre le pouvoir aux civils dans l'année à venir.

Un an après, le pays est donc plongé dans une grave crise économique, sociale et politique. La junte militaire a les mains tâchées du sang de la répression du 28 septembre, qui a fait 150 morts au moins, de nombreux civils. Des crimes qualifiés récemment de « crimes contre l'humanité » par la commission d'enquête des Nations unies.

L'anniversaire de son arrivée au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara le passe sur son lit d'hôpital au Maroc, où il est soigné après avoir été victime d'une tentative de meurtre menée par son aide du camp. La junte montre aujourd'hui le visage de la désunion. La population vit dans la crainte. L'avenir est incertain.

La diplomatie guinéenne dénonce l'«immixtion inacceptable» de Bernard Kouchner

Mercredi 23 décembre 2009, dans un discours à l'occasion de la prise du pouvoir par la junte, le général Sékouba Konaté, ministre de la Défense, qui assure l'intérim, a affirmé sa volonté d'aboutir « le plus tôt possible » à des « élections libres et démocratiques » et a prôné « la réconciliation » des Guinéens.

Pour certains, Sékouba Konaté représente l'espoir d'une négociation moins difficile, mais la communauté internationale est néanmoins très inquiète, à l'image du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner :

Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères

« Un an déjà. Hélas, c’est trop. Maintenant, les choses se sont tendues. Monsieur Dadis Camara est toujours soigné dans un hôpital marocain. Monsieur Sékouba Kounaté assure un intérim, avec beaucoup de difficultés. Ce que l’on doit espérer - et la France n’a rien fait d’autre - c’est que la population guinéenne, et en particulier les femmes, cessent d’être soumises à une oppression quotidienne : que les armes rentrent dans les casernes ; que les femmes puissent aller faire leur marché avec leurs enfants qui pourraient aller à l’école sans se voir exposés aux pires tortures et aux pires viols ; que les Forces vives, tous les partis guinéens... Ce n’est pas à la France, la France a quitté la Guinée en 1958, nous ne sommes pas mêlés à cette affaire. Comme tous les pays des Nations unies, nous nous sommes indignés de l’étendue et de la cruauté de ce massacre. La vérité se fait jour péniblement dans nos têtes et dans nos cœurs. Le sentiment personnel devant de tels massacres est lourd à faire traverser par la raison ».

Des propos qui n'apprécie pas Alexandre Cécé Loua, le ministre guinéen des Affaires étrangères. Il reproche surtout à Bernard Kouchner d'avoir jugé mardi 22 décembre que le retour en Guinée du chef de la junte pourrait « déclencher une guerre civile ». Bernard Kouchner avait souhaité que Dadis Camara reste au Maroc. Pour Alexandre Cécé Loua, ces propos constituent une « une immixtion inacceptable qui porte atteinte à tout ce que le peuple (guinéen) a de plus cher : sa dignité ».

Et la position de la France à l'ONU risque également de n'être guère appréciée à Conakry. Mercredi soir, l'ambassadeur adjoint de la France à l'ONU a demandé au Conseil de sécurité d'agir rapidement pour traduire en justice les responsables du massacre du 28 septembre à Conakry. Paris estime que la Cour pénale internationale (CPI) doit être saisie.

Source: AFP/ Ceril Ben Simon