Lettre Ouverte
Cette lettre ne s'adresse pas seulement à notre Président, le Capitaine Moussa Dadis Camara, mais aussi à tous les Membres du CNDD, des Forces Vives, du Front des Patriotes ; et surtout à tous ceux et à toutes celles qui, pour un '' oui '' ou pour un '' non ''en Guinée, ont pris la vicieuse et pernicieuse habitude d'avoir recours à des mots et expressions << clichés >> comme : << Sèkoutouuré>>, << camboiro >>, << victimes >>, ou << bourreau >>!
Eh bien, chers concitoyens, oyez donc ceci. Oyez tous !
1 - En 1945, Sékou Touré, à 23 ans, avait créé ici à Conakry le premier Syndicat de l'espace colonial français d'Afrique Noire. Je me demande où étaient alors certaines gens au sujet desquels on nous bouche les tympans depuis 1984.
2 - En 1946, à 24 ans, il était un membre actif de la Conférence constitutive du RDA à Bamako, au Soudan français, et un an après, à 25 ans, il était un des cadres fondateurs du PDG, la section guinéenne du RDA.
3 - Je rappelle que son cheval de bataille pour l'émancipation guinéenne et africaine, c'était le syndicalisme, et que c'est seulement en 1953, lorsqu'il n'avait que 31 ans, que le Bureau Politique du PDG l'avait mis à la tête de ce parti politique.
4 - Cinq ans après très exactement, il avait déjà réussi non seulement :
a) à écraser tous les partis concurrents sur l'échiquier politique de la Guinée française, malgré tous les soutiens dont ces partis bénéficiaient de la part de l'énorme pouvoir colonial en place ;
b) à fédérer, parallèlement, avec force, tous les syndicats, qui étaient devenus nombreux entre-temps, et à déclencher la plus célèbre et la plus longue grève (72 jours) jamais observée sous le règne colonial en Afrique. Même de nos jours, il n'y en pas eu encore de cette importance !
c) à rassembler, au plan politique, toutes les populations de la Guinée française pour en faire le premier peuple conscient, uni et prêt pour la reconquête de sa souveraineté dans l'Afrique coloniale française ;
d) à libérer ainsi son peuple en chassant, pêle-mêle et sans tergiverser, tous les chefs locaux qui constituaient la cruelle, la terrible et terrifiante féodalité anachronique, leurs marabouts, féticheurs et courtisans, tous passés maîtres en intrigues meurtrières et morbides à l'époque, de même que les colons français, leur maîtres absolus ;
e) dans la même foulée et sous le regard impuissant des oppresseurs blancs, il avait contribué, tant par l'exemple guinéen dont il fut l'irremplaçable artisan, que par son implication personnelle, dont l'histoire relatera et magnifiera bien un jour les incomparables et pertinentes étapes, il avait contribué, dis-je, à la libération de tous les peuples colonisés sur notre continent !
Chers concitoyens,
Permettez-moi de faire observer à tous, celui que des gens à l'éducation et à la moralité douteuses s'entêtent à appeler '' sékoutouuré'' avec arrogance, et sur un ton et accent propres à ceux que la religion musulmane nomme << käfir >> ( ingrat ! ), avait accompli les hautes, inaltérables et incomparables performances de sa mission historique en seulement treize ( 13 ) petites années ( 1945 - 1958 ) . Il était devenu alors, à 36 ans, le premier Président du premier pays indépendant de l'Empire colonial français d'Afrique Noire, au point que, de nos jours encore, une foule de médiocres, d'envieux et d'incapables en crèvent de jalousie !
Permettez-moi de faire observer à tous que le jeune Sékou Touré, entouré seulement d'autres jeunes patriotes de sa génération, auxquels il est resté fidèle jusqu'à sa mort, avait réalisé toutes les actions héroïques de sa mission sacrée :
- sans arme,
- sans le moindre sou,
- sans diplôme autre qu'un Certificat d'Etudes Primaires,
- sans gourou aucun, et sans soutien de quelque puissance que ce soit.
Son cas est incontestablement comparable à ceux des Envoyés de Dieu : instruit par le Créateur Lui-même, il n'en a aussi de protecteur et de guide que Dieu Lui-même !
C'est à cause de tout cela que des vagues entières de traîtres et comploteurs, au service de ceux qui ne lui pardonneront jamais d'avoir mis fin à leur système d'exploitation de nos populations sans défense, avaient tenté, en vain, de l'assassiner, puis de déformer, de contre-peindre en noir absolu, la lutte qu'il a menée sa vie durant en faveur de notre pays, de notre peuple, et de tous les peuples opprimés d'Afrique et d'ailleurs.
Et voila qu'aujourd'hui, chers concitoyens, en plaine ère Dadis, parce que cet autre patriote a juré sur le Saint Coran et sur la Bible Sainte, de traquer et de punir tous les aventuriers, tous les individus malhonnêtes et de basse moralité, qui ont pillé notre pays pendant un quart de siècle, voila donc qu'aujourd'hui, d'arrogants rejetons des traîtres et comploteurs d'antan, remettent sur des phonographes dépassés, le disque usé du << Camp Boiro >> et de ces prétendues << victimes >> ! Cultivateurs archaïques et désespérés d'une haine ethnocentrique qui ne fait souffrir qu'eux-mêmes, étant entendu que l'objet de cette haine n'a que mépris pour eux et pour leurs combines, parangons achevés d'affabulations diffamatoires perpétuelles contre non seulement la mémoire du héros de notre libération, mais contre tous ceux et toutes celles qui seraient dotés d'une qualité et d'une dimension remarquables, et qui seraient issus de le même origine ethnique qu' Ahmed Sékou Touré, tels sont ces gens bien connus. Tels ils resteront... inutilement !
N'en a -t- on pas entendu un, le Mardi 07 juillet 2009 sur la radio << Soleil FM >>, dans le cadre de l'émission << La grogne >>, proclamer que les Guinéens doivent pardonner aux voleurs de nos deniers publics pendant le règne militaire de Lansana Conté, et donc, ne pas faire les audits de nos comptes publics dont, le Capitaine Moussa Dadis et le CNDD viennent d'ordonner la reprise avec un cabinet d'audit international. Et l'argument de ce partisan intégral de l'impunité de proclamer ensuite que : << les crimes du camp Boiro ont bien été pardonnés >> ! Que lui, il connaît parfaitement ceux qui ont tué son père et son oncle, qu'il les rencontre et les saluts à chaque fois !
Un second avait bafouillé immédiatement après pour dire qu'on a tué Diallo Telly et Barry Diawadou sous le règne de '' Sèkoutouuré".
Voyez-vous chers concitoyens, parce que, justement, le régime révolutionnaire de la première République n'a jamais cautionné l'impunité, parce que les traître et les comploteurs avaient été jugés et condamnés, de même que, d'ailleurs, tous les auteurs de vols, de détournements et de toute autre forme de gabegie, parce que le régime de feu Ahmed Sékou Touré avait été ferme et résolu par rapport à la morale publique et la sécurité notre jeune nation, les spécialistes de la déformation et du mensonge se sont attachés à présenter ce régime comme un régime de criminels.
Le malheur, c'est que quand Lansana Conté et son CMRN avaient pris le pouvoir en 1984, ils s'étaient bêtement laissés influencer par ces slogans, et s'étaient campés avec brutalité dans le rôle d'organisateurs et d'acteurs conscients de la destruction en règle de tous les acquis de notre indépendance. Sans état d'âme aucun, sans nul repentir et réparation, même lorsqu'on peut supposer qu'ils en avaient pris conscience. Et les véritables bénéficiaires de ces crimes réels d'autodestruction, ceux qui avaient profité pour envahir notre Nation pour la piller, la déstructurer en profondeur, à leur image, et pour tenter, maintenant de se l'approprier parce qu'ils pensent que le Système Lansana Conté qui les a aveuglement servis peut se perpétuer, ce sont ceux- là mêmes qui, craignant d'être mis à nu, dépouillés et unanimement condamnés par le peuple, du 28 Septembre 1958 et du 22 Novembre 1970, aujourd'hui, parlent de pardon !
Savent-ils que, sous leur influence maléfique, Lansana Conté et son CMRN avaient fait arrêter, embastiller à Kindia et occire, à toute vitesse, tous les parents proches, tous les compagnons et la quasi-totalité des membres du Gouvernement de la première République ? Qu'avait-on reproché à ces gens, dont aucun n'avait de fortune, et de villas, et de parcs scandaleux d'automobiles ; à ces patriotes qui avaient libéré, sécurisé et protégé les richesses de notre pays contre toute prédation ; qui avaient bâti : usines, bâtiments publics et de souveraineté, développé l'éducation de nos masses, la culture, les sports, les arts, la diplomatie et l'honneur de nitre peuple ; que leur avait-on reproché ? Nul procès ne nous l'a jamais dit, et nulle organisation de défense de droits humains ne l'avait évoqué, dans les envolées lyriques dont ce type d'organisation est coutumier en d'autres circonstances ! Leur réaction dépend sûrement des personnes...
Les gens savent-ils que Lansana Conté et son CMRN ont tué à Kindia : Elhadj Lansana Béavogui, N' Famara Keita, Mousa Diakité, Mamady Keita, Lansana Diané, Seydou Keita, Karim Kéira, Toumany Sangaré, Sékou Chérif ; et puis : Ismael Touré, Siaka Touré, Elhadj Abdoulaye Touré, Alpha Touré, Mouloukou Souleymane Touré, Mamoudou Touré, Mandjou Touré, Samory Touré dit Fama, Elhadj Amara Touré (c’etait tout simplement dangereux d'être un malinké Touré à l'époque !). Je ne parle pas de la ''manipulation'' (j’emprunte le mot à Ibrahima Sory Dioumessy) qui avait été montée autour de Diarra Traoré pour casser carrément du Malinké : la pulsion et l'impulsion furent d'essence génocidaire! Et Dieu sait qu'on en avait cassé, du Malinké.
Sans compter qu'aujourd'hui, on fait semblant de ne pas savoir, ou d'oublier que, pendant quatre longues années, on avait emprisonné la vénérable Hadja Andrée Touré, ses belles-sœurs : Feue Hadja Ramata et Hadja Nounkoumba Touré, la fille du Président Ahmed Sékou Touré, Aminata Touré (épouse du footballeur Maxime Camara), et son fils Mohamed Touré. Les enfants les plus corrects, les plus polis, les plus humbles et les plus respectueux qu'un Chef d'Etat puisse avoir !
Tous n'avaient été victimes que de cette haine labourée, semée et développée à coups de mensonges, et parce qu'il ya des gens qui considèrent qu'en dehors d'eux, personne ne doit s’élever. En 50 ans d'indépendance africaine, ce genre de personnes a organisé et perpétré l'assassinat de 31 hommes d'Etat! C'est la moyenne d'un Chef d'Etat à chaque 18 mois ! Des célébrités comme Patrice Lumumba, Marien N'Gouabi, Sylvanus Olympio et autres Thomas Sankara en ont fait les frais... Sans compter les Patriotes africains assassinés au cours de la lutte de notre Continent pour son indépendance : les Rubben Um Nyobé, Félix Rolland Moumié, Steve Biko, ou Eduardo Mondlane!
Chers concitoyens,
Pour mettre un terme définitif aux affabulations qui nous dévalorisent nous- mêmes, en nous logeant parmi les peuples les plus ingrats et les moins conscients du sens de l'honneur national, il faut qu'on << audite >>, qu'on << autopsie >> les 26 ans du Régime du père de notre indépendance, Ahmed Sékou Touré, qu'on a même honte de nommer ou d'évoquer désormais. Il faut qu'on parle du Camp Boiro et des complots. Il faut rétablir les vérités et combattre les mensonges : c'est pour notre Histoire.
Aly Bocar Cissé,
Professeur et Administrateur Civil à la retraite,
Sangoyah-Fassa
Email, cissedebma@yahoo.fr